‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 128 sur 232 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Cambier était prédestiné à devenir lo héros de la première expédition belge.

La fin prématurée de ses deux compatriotes, enterres h Zanzibar, enl'invostissunt du commandement siipri-me, le ti-onva à la hauteur de sa périlleuse mission. Seul, il triompha do tous

les obstacles, car de ses deux nouveaux compagnons de voyage, lu lieutenant AVautier et le docteur Dutrieux, le iirt-micr devail succomber à Hékoungou, près du lac Tcha^a et le second rebrousser chemin vers la côte. M. Marnn, Ini-mômc, n'alla que jusqu'au village de Mpouapoua. Ce ne fut que plus tard que le

capitaine Popelin, MM. Roger et Burdo, et les infortunés Carter et Gadenhead arrivèrent à la rescousse, alors que déjà il avait planté le drapeau de l'Association sur le territoire hostile de Karéma.

Lui-môme, dans ses lettres au bureau central, a r: conté sa longue et pénible odyssée à travers le Continent noir. Commandant à Bagamoyo une troupe de 350 porteurs et de 100 Zanzibarites, portée à 500 hommes par l'adjonction de quelques petites caravanes, le courageux officier n'avait plus sous ses ordres, en arrivant à Karéma, que 20 Oua-Ngouanas et

10 Africains, engagés dans l'Ou-Nyaniembé. La désertion avait égrené sur sa route son avide escorte. A M voméro, 300 hommes, à la fois, étaient partis, le forçant de remiser ses bagages dans une hutte de ce village. Trois mois, passés chez Mirambo, à attendre du renfort, les Hongos éhontés levés sur lui par le moindre chef de l'intérieur, les perceptions arbitraires et les exactions de toute nature, avaient rapidement épuisé son bagage. Souvent, il lui avait fallu parlementer pendant 15 jours pour pouvoir suivre son itinéraire, et l'aide à laquelle il avait droit lui était cupidement marchandée. Mais il avait su aller jusqu'au bout de la voie douloureuse, et ses rapports pleins d'espoir et de mépris du danger, loin d'ébranler notre confiance^ nous avaient, au contraire, enflammés de l'ardent désir de marcher sur ses traces.

— Eh bien, mon brave, me dit le capitaine Cambier, il paraît que votre chemin n'a pas été précisément semé de roses? Mais le plus fort est fait, et si la fièvre et la dysenterie le permettent, vous pourrez prendre ici un peu de bon temps. Cependant, il ne faudrait pas croire que nous sommes au bout de nos peines.

11 y aura encore à piocher, et ferme.

— Je l'espère bien, capitaine. On ne fait pas des voyages comme celui-là, pour se croiser les bras à l'arrivée. Mais où donc est la Station belge? »

En effet, j'ai beau écarquiller les yeux, je ne vois pas trace d'habitation, bien que, du point élevé sur lequel nous nous trouvons, on jouisse d'une vue complète du Lac, qui s'étend à perte de vue, maintenant, en pleine lumière et déroulant sa nappe d'un bleu pâle, grivelée de vif-argent.

Le capitaine Cambier m'explique que notre établissement çst

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