CHAPITRE II
poitrine et descendant en s'élargissant, à la hauteur du genou. Un turban écarlate, pointu sur le devant, les coiffe, et tous les matins ils renouvellent soigneusement le point rouge qu'ils se peignent entre les deux yeux. Objet de mépris et presque de répulsion pour les Arabes et la population indigène, ils exploitent les uns et l'autre sans vergogne et semblent se draper sournoisement dans leur impopularité. « Il faut trois Juifs pour faire un Chinois, dit-on à Bombay, et trois Chinois pour faire un Banian >. Le dicton est ici retourné de la manière suivante : « Un Juif vaut deux Hindis et un Banian vaut deux Juifs. »
Les Parsis sont presque vôtus à l'européenne, à l'exception de la grande toque en toile cirée noircie, qu'ils ne quittent en aucun pays du monde. C'est bien la race la plus intelligente que j'ai rencontrée ici et la plus apte à s'assimiler nos mœurs, nos langues et nos industries. Plusieurs font de parfaits mécaniciens, d'autres des employés de commerce modèles, vivement recherchés dans les comptoirs européens. Ils parlent l'anglais comme des naturels de la Grande-Bretagne. Ainsi que les anciens Guèbres, dont ils se vantent de descendre, ils révèrent le Soleil, source de vie et de fécondité. Leur religion est celle de Zoroastre, panachée de pratiques indoues. Craignant de profaner l'élément, pour eux divin, ils n'ont garde de brûler leurs morts, exposés sur le toit d'un temple spécial où ils sont décharnés par les vautours, les corbeaux et autres oiseaux de proie fourmillant dans ces parages.
Toutes ces colonies indoues montrent des aptitudes spéciales pour le commerce et, en matière de change, se font une concurrence redoutable dont un Européen habile pourrait retirer do gros bénéfices. Les marchands arabes trouvent chez elles les ressources nécessaires pour équiper leurs caravanes, mais aux taux usuraires do 20, 30, voire 100 pour cent. Ce sont elles, aussi, qui tiennent magasin d'étoffes, de perles, de munitions, etc., dont l'Arabe a besoin pour ses expéditions à l'intérieur, et elles réalisent de ce chef de nouveaux et fructueux profits.
Convenant admirablement à la direction d'une caravane, et ne reculant devant rien pour se procurer le précieux ivoire, acheté à bas prix aux chefs ennemis des tribus africaines, les Arabes voyageure sont incapables de comprendre le mécanisme financier du prêt et du change. Après avoir conquis, au prix de fatigues,
de négociations et de dangers sans nombre, leur chargement, ils n'ont encore trouvé rien de plus pratique que de se remettre dans les griffes des adroits spéculateurs, faisant fonds sur leur incurie.
De banquier et de fournisseur, THindi, le Banian ou le Parsi, se transforme en homme d'affaires et revend, moyennant un gain exorbitant, les marchandises dont il a, par avance, escompté une certaine partie de la valeur.
Jouant à Zanzibar le rôle longtemps acquis aux Chinois dans rîle de Java, les Hindis et les Banians se trouvent en concurrence perpétuelle pour l'obtention de la régie douanière. Pendant longtemps ce lucratif affermage a appartenu à l'Hindi Tarya Topan, dont parle Stanley dans son dernier ouvrage à l'intérieur. Actuellement il est dévolu aux Banians, qui paient au Saïd une redevance fortement majorée. Tout ce qui sort de l'île, tout ce qui y entre doit compter avec leurs défiants gabelous. L'ivoire, par exemple, est frappé d'un droit de 16 pour cent à son arrivée du Continent. Ainsi de toutes les marchandises, grevées de charges arbitraires.
On trouve aussi, à Zanzibar, assez bien d'habitants des Iles Comores (Oua-Ngazidias), recherchés en qualité de domestiques, par les Européens, à cause de leur belle prestance ; des SomaUs, habitant le triangle formant le cap Gardafui et qui viennent se pourvoir de tissus dans Tîle du Saïd Bargash ; enfin des Malgaches et des nègres marins des îles Maurice et Bourbon.
La population étrangère se greffe encore d'environ deux cents Portugais ou créoles Goanais, habitant, pour la plupart, les quartiers marchands où ils se sont établis comme tailleurs, cordonniers, boulangers, liquoristes, etc. Trois de leurs grands bazars offrent aux chefs de caravanes des assortiments variés de conserves européennes, viandes, légumes, farines, biscuits, confitures, etc. Joignant l'agréable à l'utile, ces Portugais sont généralement musiciens et c'est dans leurs rangs qu'ont été recrutés les éléments de la fanfare saïdiale.
Catholiques fervents, ils ont une église spéciale desservie par les Pères du Saint-Esprit. Sous le rapport des cultes, Zanzibar est, d'ailleurs, le pays de liberté par excellence. A l'église catholique, la colonie anglaise a opposé une chapelle pilotes-