CHAPITRE XV
côté, la chambre du capitaino Cambicr. La porte d'eiitréo, haute ot large de 4 mètres, est formée de piècos do bois solidement clouées au cadre pivotant sur un axe vertical. Cette porte se ferme, la nuit, au moyen d'un bout de chaîne et d'un cadenas. Sur la troisième face s'étendent les autres magasins, ainsi que la caponnière d'angle. Les faces 4 et 5, soit Sud et Ouest, restent affectées au logement des Askaris. Co corps de logis n'est pas fermé à l'intérieur par un mur en maçonnerie, mais par une simple cloison de matétés.
A l'angle des faces 5 et 6, qui ont vue sur le Lac, s'ouvre, à côté de la troisième caponnière, une petite porte basse. C'est là que nous installerons notre magasin particulier, celui de la troisième expédition. Les écuries pour les ânes — il ne nous on peste que deux — les étables pour chèvres et les i)Oulaillers, correspondent à la face numéro G.
Dans la cour de l'habitation actuelle, fc^rmée des corps de logis de l'hexagone, les fondations du bâtiment central, réservé aux Européens, s'élèvent déjà à environ 50 centimètres audessus du sol.
Lorsqu'on opère sa sortie par la petite porte, ouverte du côté du Lac, on descend un sentier tortueux en pente raide, obstrué d'énormes blocs de schiste rouge. Devant nous, à l'Est, les montagnes du Maroungou tranchent, par leurs assises nébuleuses, sur le ciel inondé de lumière. Du côté Nord et Nord-Ouest, on ne voit que la masse cristalline de Timmense mer intérieure.
C'est dans cette direction qu'est la Patrie lointaine, tant de fois regrettée, mais à la gloire de laquelle nous sommes fiers d'avoir à contribuer.
— M. Cambier nous apprend que, lorsqu'il est arrivé, le Lac baignait le pied même du tertre sur lequel il a établi sa Station. Depuis 18 mois, les eaux, qui montaient auparavant, se sont graduellement retirées, laissant à découvert une plage basse d'à peu près 300 mètres de profondeur et qui se couvre déjà d'une épaisse végétation d'herbes, de joncs et d'ambatch. arbres au bois aussi léger que la moelle du sureau.
Le capitaine Cambier attribue l'ancienne crue à l'ensablement de la Loukouga, rivière qui relie le Tanganika au Congo. A un moment donné, les eaux ont, selon lui, triomphé des obstacles qui s'opposaient à leur écoulement régulier, et entrai-
douzaine d'habitants de Karéma, attirés par l'odeur du festin, se sont joints à la troupe joyeuse. Bientôt la pipe circule et des éternuements frénétiques portent à son comble la satisfaction générale. Vue du haut de notre tertre, la scène est vivante et animée, surtout lorsque, le Pombé coulant à flots, elle commence à dégénérer en folle orgie. Il y aura peut-être quelques crânes fêlés ce soir, mais que nous importe ? Les drôles ne nous sont plus de rien !
— Guidés par le capitaine Cambier, nous poursuivons Tinspcction des locaux. D'une lézarde de muraille dépasse comme un bout de roseau recourbé. C'est un sarpent qui y a établi domicile. M. Popelin le saisit vivement par la queue, le brandit comme une fronde et écrase sur le mur même la tête du reptile étourdi. C'est ainsi qu'en usent les indigènes et que nous ferons, le cas échéant.
— Le dîner est servi vers 6 heures. Quel délice démanger sur une nappe bien blanche, d'avoir de vraies serviettes et do voir remplacer par de la faïence, les assiettes de fer déjà noircies et éraillées qui commençaient à nous couper l'appétit ! Le maîtrequeue s'est distingué en notre honnem\ Potage jardinière, dont le bouilli nous paraît délicieux, gigue de chèvre et patates douces. Ces dernières, parfois grosses comme dos têtes d'enfant, sont coupées en dés avant d'être frites ou bouillies. Un poulet au carry complète le menu, avec des confitures anglaises et des bombons secs. LucuUus dine chez Lucullus! Deux bouteilles de Champagne ont été débouché3s pour la circonstance. Des folies, quoi ! De longtemps nous n'en verrons plus sur notre table. Mais il s'agit de boh'e au Roi et à l'Association Internationale Africaine. C'est ce que fait le capitaine Cambier, maintenu par acclamation au fauteuil de la présidence. Il rappelle et glorifie l'initiative prise par notre Souverain, jaloux d'intéresser son pays au grand mouvement scientifique moderne, et nos patriotiques hourrahs retentissent au choc des verres. Puis c'est au succès de l'Œuvre même que l'on trinque avec enthousiasme. M. Cambier remet solennellement au capitaine Ramaeckers le commandement du fort Léopold et de la Station de Karéma. Notre chef, vivement ému, répond en lui pressant les mains. De fiers hommes! Nous tâcherons de ne pas rester en arrière de