‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 131 sur 232 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

dévouement à la cause commune d'humanité et de progrès !

— Cependant Tobscurité commence à grandir et nous allons prendre le café sur le Barza, faiblement éclairé par une bougie unique. Les cigares sont allumés. Assis sur S3s talons, à la mode indigène, M. Cambier nous conte quelquos épisodes intéressants de son séjour en Afrique.

Une halte forcée de trois mois à Selle-Magazi, nouvelle capitale de Mirambo, lui a permis d'étudier ce chef devenu célèbre et, jusqu'à preuve du contraire, plus favorable qu'hostile aux Européens. Il paraît prouvé aujoiurd'hui que, non seulement il n'est pour rien dans le massacre de MM. Carter et Cadenhead, mais qu'il regrette vivemont de na pas s'être trouvé à l'assaut de Mpimboué pour les couvrir de sa protection. Mirambo, d'après la description de M. Cambior, est un bel homme d'une cinquantaine d'anné3s,qui doit ses succès autant à son courage indomptable et à ses qualités d'organisateur, qu'à l'impénétrabilité de ses plans, exécutés avec une rapidité foudroyante. Peu loquace, à rencontre de ses égaux, sur lesquels il l'emporte manifestement en résolution et en intelligence, il devrait surtout sa force aux nombreux alliés qu'il a su se ménager et qui lui permettent de commander à une armée de près de liOOO hommes. Il ne serait, en somme, pas plus pillard que les autres Sultans de l'intérieur, et ses guerres semblent avoir un mobile plus élevé que le seul butin. Mais de là à le représenter comme un Alexandre, aux vues grandioses, il y aurait delà marge.

Tout, d'ailleurs, est relatif. Jamais conquérant do l'antiquité n'a certes inspiré plus de terreur panique qu'il ne s'en éveille au seul nom do Mirambo, à la grande simplification de ses opérations militaires. La soûle annonce de son approche range sous sa suzeraineté la plupart des villages menacés par lui, et dont les Sultans se hâtent de lui payer tribut de vasselage.

Déjà frère de sang de Stanley, Mirambo l'a voulu être aussi de notre compatriote.

Cependant, malgré sa promesse de procurer des porteurs à M. Cambier, il ne s'en occupa guères. Disons, cependant, qu'il se trouvait à la veille d'entrer en campagne contre les Oua-Soukoumas, auxquels il prit un bétail considérable et une centaine de prisonniers, femmes et enfants. Ce n'est que trois mois après que le capitaine put continuer sa route.

M. Cambier se plaint aussi beaucoup d'Abdallah bjii Nassib. L'énigmatique et suspect fonctionnaire l'a pour ainsi dire abandonné à la mauvaise foi des porteurs, lorsqu'une prompte intervention do sa part les aurait réduits à l'obéissance. C'est chez Simba, TalUé de Mirambo, que le capitaine Cambier est entré en relation avec Matoumoula, le chasseur d'éléphants, Suzerain du territoire de Karéma, ou nous avons obtenu notre concession. Les habitants de ce village, encore mal remis des suites de la guerre, auraient désiré voir la Station belge s'établir tout près du Boma, afin de nous intéresser directement à une défense commune. A cet effet ils ont essayé de leurs jongleries. La pythonisse, chargée de transmettre aux profanes les volontés de Mousamouéra, est venue pendant la nuit, accompagnée d'une foule nombreuse, sommer M. Cambier d'avoir à déplacer sa Station. Mais elle en a été quitte pour ses dislocations et pour ses grimaces. Quelques présents secrètement offerts à l'oracle ont fait changer d'avis l'Esprit du Lac qui, depuis lors, se tient tranquille.

Après nous être entretenus pendant une couple d'heures, nous regagnons nos cellules et allumons les lampes de campagne, chargées d'huile d'arachides. J'essaie de mettre mon journal au: courant, mais la fatigue nous accable tous.

Bientôt tout dort dans l'habitation. M. Cambier, seul, a un lit sérieux, qui reviendra au capitaine Ramaeckers. Etendus sur nos maigres couchettes, nous n'en goûtons pas moins voluptueusement un sommeil long et réparateur dont nous avions le plus grand besoin. Il nous sera facile, d'ailleurs, de confectionner nous-mêmes les bois destinés à supporter les nouveaux matelas, bourrés de coton, à l'état sauvage, qu'on recueille en abondance à Karéma.

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