‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 136 sur 232 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

traduite par los deux truchemans. Il parle de Cambi, son ami, qui lui a donné de belles étoffes et recommandé ses frères blancs ; de Matoumoula, le grand chef allié des Oua-Zoungous, de Mirambo, de Simba, de tout le monde et de lui-même :

« Ses guerriers nous prêteront secours, si nous sommes attaqués, mais à charge de revanche... Les hommes blancs sont puissants.... Ils ont beaucoup de poudre, beaucoup de fusils et beaucoup d* étoffes/,.. Lui, Kangoa, a des chèvres, des poules et du maïs.... Unis on est plus fort qu'isolés.... Ce qui manque à l'un, l'autre le possède, et il y a toujours moyen de s'entendre.... Enfin les petits présents entretiennent l'amitié. »

Bien entendu que je donne ici le sens et non les termes de sa verbeuse péroraison, abondant en coq-à-l'àne et en séniles radotages, recueillis avec admiration par sa cour extasiée et se suspendant à ses lèvres, comme autrefois les Athéniens à celles de Démosthènes.

M. Ramaeckers lui répond dans un autre style : « Tel on sera pour lui, tel il se montrera pour les autres. Sans en vouloir à qui que ce soit, il ne craint personne. »

Et, à l'appui de cette assertion, il montre à ses visiteurs le petit canon, crânement monté sur son affût, brillant tout battant neuf, au Soleil, et de la veille chargé de poudre. Sur sa proposition d'en faire l'essai, Kangoa recule avec terreur et le prie de remettre l'expérience jusqu'à ce qu'il ait regagné son Borna.

Pour compléter la salutaire impression produite sur son royal voisin, M. Ramaeckers fait chercher une petite machine électrique, emportée dans nos bagages. D'après ses indications, les Nyamparas font la chaîne. La commotion qu'ils éprouvent leur arrache des cris d'alarme. « Hii/ » s'écrie le Sultan, médiocrement à son aise. « Les Oua-Zoungous peuvent tout! La pluie et le tonnerre même leur obéissent ! Jamais Kangoa ne cherchera à leur nuire ou à les offenser. »

De nouveau, le narghilé de cérémonie circule et le cortège reprend, dans le même ordre, le chemin de Karéma après avoh' ramassé ses armes sur le seuil du tembé.

Mais le capitaine Popelin n'a plus envie de rire ; nous le retrouvons en proie à un accès des plus violents.

— Depuis cinq jours, notre camarade garde le lit. C'était

prévu, d'ailleurs, et le docteur Van den Heuvel nous avait avertis. Le repos, succédant à une activité soutenue et aux fatigues do la marche, provoque toujours une réaction fâcheuse. Infailliblement, l'un après l'autre, nous en ferons la dure expérience. Mais nous connaissons aussile traitement à suivre, et M. Popelin est soigné suivant toutes les règles de l'art.

— Un matin, j'étais à la plage, encore occupé à radouber cet infernal bateau, où rien ne tient plus, lorsque six pirogues ont paru sur le Lac, venant de la direction de l'Ou-Fipa. C'étaient effectivement des indigènes de cette peuplade, -adonnée aux travaux de l'agriculture, mais plus spécialement à la pêche au filet. Chaque canot, long de 4, de 5 ou do 6 mètres, était monté par une dizaine d'Africains, hommes, femmes et enfants. Ces embarcations rudimentaires, simplement creusées dans des troncs d'arbres brûlés, puis évidés à la hache, n'ont pas de gouvernail. Suivant la côte, elles évoluent au moyen de pagaies, les rameurs faisant face à l'avant.

Les canots se dirigent vers la station et viennent s'échouer sur le sable : « Yamho Boina ! Àlaholo Gogo. > (Salut maître, nous sommes tes amis !) Aussitôt les femmes s'empressent de décharger les pirogues, pleines de poisson sec, de millet, de sésame et d'arachides, pendant que les hommes établissent leur Cambi, formé de huttes en forme de ruches, hautes à peine d'un mètre et dans lesquelles on ne peut entrer qu'en rampant. Une ceinture d'épines et d'abatis, amassés autour du campement, annonce lem^ intention de passer ici quelques jours. Cela fait, ils vont chercher un grand vase, déposé sur le sable, et l'installent en grande cérémonie au beau milieu des cases de roseaux. Singulier engin et dont la fonction ne laisse pas que de m'intriguer ! Le fond en est garni de perles, de céréales et de feuilles de tabac, dans lesquelles des tuyaux de jonc restent fichés verticalement. Après avoir allumé leurs pipes, nos pêcheurs s'en vont le remplir de fumée et y crachent avec une émulation plaisante. Informations prises — car plusieurs de nos singuliers visiteurs parlent le Ki-Souahih — il s'agit d'un talisman destiné à préserver le Cambi de la visite des crocodiles. Mousamouéra ne les écarte qu'à cette condition, aussi le vase prophylactique est-il de toutes les excursions.

Les Oua-Fipas sont de beaux hommes, grands et sveltes. Leur

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