‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 137 sur 232 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

chevelure, disposée en fines tresses, mêlées de fil et de coquillages, leur descend, à la chien, jusque sur les yeux. Ils sont vêtus de simples pagnes noués sur les hanches ou maintenus par une ceinture de corde. Leurs femmes, d'un naturel timide et doux, se distinguent également par des formes régulières et élancées. Quelques-unes sont réellement jolies, au point de vue africain, s'entend.

Ce n'est pas la première fois que les Oua-Fipas rendent visite à la Station Belge. M. Cambier a plusieurs fois traité avec eux pour des céréales et du poisson.

C'est le même motif qui les amène aujourd'hui, mais leur Sultan, Kallialya, les a, en outre, chargés d'ofirir en présent, à M. Ramaeckers, six sacs de Moutama. A cet effet, le chef de la fiotille se détache du groupe pour aller accomplir sa mission. Bientôt tout le personnel de la Station se presse sur la plage. Notre chef, après avoir remis un présent aux fidèles ambassadeurs, leur achète, après force marchandages, leur cargaison composite. Le poisson est surtout bienvenu, car nos Africains s'en montrent aussi friands que nous-mêmes.

Il y en a de différentes espèces.

Pour amorcer la clientèle, le chef des pêcheurs offre, en guise d'échantillon, à M. Ramaeckers, un superbe Sinnga,espèce de cabillaud d'eau douce, séché au Soleil, et qui, frit dans sa propre graisse, offre une chair délicieuse. Le Dogara, autre poisson sec, se débite par grandes quantités aux peuplades de l'intérieur. Comme ils peuvent se conserver longtemps, nous ne laissons pas échapper l'occasion de renforcer notre gai*demanger d'une excellente réserve, qui rompra un peu la monotonie de nos menus habituels.

Le paiement en étoffes entraîne de nouvelles et naïves contestations. Les nègres les mesurent à la coudée. A la côte, il faut quatre coudées pour faire unechouka, ou oupandé, mais ici, étant donné le renchérissement des cotonnades, il n'en faut plus que trois et demie. Comme il n'existe, à proprement parler, pour les Africains, aucune métrique mathématiquement exacte, c'est toujours à celui de leurs camarades, jouissant du bras le plus long, qu'ils recourent en matière de marché. Par plaisanterie, nous retournons la situation en choisissant le plus chétif de la bande. Cette malice, dans le goût du pays, ne provoque d'ailleurs chez eux qu'un redoublement de bonne humeur.

Somme toute, malgré leui*s inévitables récriminations, ils semblent enchantés de l'aubaine, car ils ne reçoivent pas mal de marchandises, pour eux précieuses, consistant en cotonnades et en fil de laiton.

— Gomme je l'avais supposé, nos pêcheurs sont restés quelques jours ici, tant pour compléter leur trésor que pour jeter leur filets dans cette partie du Lac assez peu exploitée. Nous y avons gagné de nous régaler de poisson frais.

Le même jour, pendant que nos Oua-Fipas étaient à la pêche, un déplorable accident s'est produit. Un enfant, qui jouait sur la plage, a disparu dans les eaux, aux yeux de sa mère éplorée, happé par un gigantesque crocodile. Longtemps les femmes, occupées à préparer le repas, ont fait retentir les airs de lamentations déchirantes. Elles accusaient amèrement Mousamouéra de méchanceté, car toutes les formalités prescrites, pour se rendre favorable l'Esprit du Lac, avaient été religieusement observées. Leurs transports se sont calmés, enfin, et toutes, y compris la mère de l'enfant dévoré, ont repris leur besogne. Il ne faudrait pas croire, pourtant, que le sentiment maternel soit moins fort chez la femme africaine que chez les nôtres. Mais la fréquence de pareilles surprises leur en fait plus stoïquement accepter l'éventualité.

J'ignore ce qu'aïu'a dit le père et s'il était au nombre des hommes venus pour nous offrir le résultat de leur pêche.

— Nous avons fait connaissance avec des poissons, nouveaux pour nous. Outre des perches, d'un goût assez fade, des anguilles et des poissons blancs pour la friture, nous avons eu à dîner une espèce de carpe que les indigènes désignent sous le nom de Mvouro.

— Un violent mal de tête m'a pris, bientôt suivi d'un accès de fièvre. C'est mon tour!

Le lendemain, c'est celui de MM. Ramaeckers et Roger.

— Toujours la fièvre ! Roger, seul, s'est tiré d'affaire et, comme carte de convalescence, a envoyé une couple de balles à un superbe buffle, réparti entre le personnel de la Station. Quelques pintades nous étaient réservées. Mais nous nous trouvons trop accablés pour paraître au repas du soir.

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