‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 139 sur 232 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

italien : « L'œil du maître engraisse le cheval. > Sans discontinuer, nous faisons la navette d'un point à un autre, pendant la saison des travaux agricoles. Or, il n'est pas seulement fâcheux, mais encore fort malsain, en tous pays, d'avoir les pieds mouillés durant des journées entières. Soit en excursion do chasse, soit en voyage, on se voit fréquemment obligé d'entrer dan§ l'eau jusqu'au-dessus du mollet. En barque, également, les grandes bottes sont précieuses, à cause du tirant d'eau. Les nôtres ne viennent pas assez haut. J'en voudrais dont les tiges préservassent une partie de la cuisse et fussent maintenues par des lanières agrafées au ceinturon. Encore, étant donné leur emploi presque continuel, en faudrait-il une paire de rechange. J'en ai deux du modèle actuel, et ne me plains pas de l'embarras des richesses.

— Les travaux agricoles vont bon train, et Roger continue à porter la désolation parmi le gros et le petit gibier du voisinage. Le 12, il a tiré une magnifique girafe dont il a salé lui-même la chair appétissante. Le 20, un jeune hippopotame est tombé sous son coup de feu.

En bons musulmans, nos hommes lui ont laissé son hippopotame pour compte, le Koran rangeant les amphibies au nombre des animaux impurs.

En désespoir de cause, il l'a oflfert aux Oua-Chenzis de Karéma qui, n'ayant pas les mômes scrupules, s'en sont régalés avec reconnaissance.

23 janvier. — Le gros de nos bagages est enfin arrivé sous la conduite de Sef bin Rachid, mais le Steam-Launch a subi des avaries qui nous mettront dans l'impossibiHté d'en monter la machine avant d'avoir reçu d'Europe les pièces de rechange. Un tuyau de vapeur est brisé et les joints en caoutchouc, pour l'assemblage de la chaudière, se trouvent complètement perdus.

Pendant plusieurs jours, nous ne sommes occupés qu'à emmagasiner dans la caponnière n° 3. Tous les autres travaux restent en souffrance, car notre personnel nous assiste au grand complet. Il serait dangereux, en effet, délaisser lescaisses à terre. Les fourmis, pouvant s'exercer sur une surface plane, en auraient bientôt dévoré le fond. Pour dérober nos marchandises à leurs ravages, nous fichons dans le sol de longs piquets, sur les-

quels sont déposés caisses et ballots. Nos 150 bouteilles do vin prennent place sur un rayon fixé à la muraille. Nous prenons la précaution de les coucher, pour faire reposer la précieuse liqueur.

C'est de Satini, ou cotonnade légère — dont la pièce, ouDiorah de trente-six yards, ne pèse que 7, 8 ou 9 livres anglaises, suivant la qualité — que nous aurons à faire la plus grande consommation. Aussi nous sommes-nous pourvus on conséquence (300 pièces environ). Il n'en restait plus une aune à la Station, tout ayant été absorbé par le Posho des hommes et les achats de provisions dans les villages voisins. Le Mérikani, plus fort, et dont nos hommes se confectionnent leurs longues chemises, leur est fourni en détail, à charge de retenue sur la solde globale,comme d'ailleurs tous les autres tissus demandés par eux. Nous aurons du Mérikani pour plus d'une année, mais le Satini étant d'un usage journalier, il faudra nous en faire apporter encore par la première caravane.

D serait fastidieux de recommencer l'énumération de l'assortiment compliqué que les voyageurs, en pays africain, sont obligés d'emporter, pour faire face aux échanges avec les indigènes et aux besoins de la Station. Nos magasins sont largement approvisionnés, et pour longtemps, voilà l'essentiel à constater. Ni armes, ni cartouches ne feront non plus défaut. Il ne suffit pas de regorger de richesses, il faut encore savoir les défendre et les conserver.

— La fièvre me reprend. M. Ramaeckers, ayant envoyé à la côte un courrier pour rAssociation,j*y ai joint une lettre pour les miens. Heureusement qu'elle était écrite depuis quelque temps déjà, car je ne sais pas si j'aurais eu le courage de dissimuler mon accablement et ma faiblesse. Ma tête semble près de se briser. Il me semble qu'on la frappe à grands coups do marteau!

— Pendant quatre jours j'ai eu des accès de fièvre continuels, et même, paraît-il, coma. Mes compagnons sont complètement guéris.

Les accès de fièvre rémittente ne se prolongent guère que 6 à 8 jours. Ceux de fièvre intermittente vont de 15 à 20 jours et sont parfois efficacement combattus au moyen de doses préventives de quinine.

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