CHAPITRE XVII
— Les Pagazis, qui avaient apporté nos bagages, ont été licenciés immédiatement et sont repartis pour Tabora. Sef bin Rachid, ne conservant sous ses ordres que 20 soldats et 40 porteurs, avait l'intention do se rendre à Oudjiji, sans doute pour y acheter de rivoire pour son compte ou pour Celui de M. Sergère. Au bout de quelques jours, il est revenu à Karéma, les indigènes lui ayant barré le passage. Il restera un jour ici, pour se diriger ensuite vers rOu-Fipa,OLi il espère êtro plus heureux.
— Roger a tué un nouveaubufBe. Mais il se plaint amèrement des munitions arrivées par ]e gros de la caravane et dont une partie est complètement avarié3.
La question des munitions est des plus importantes et nous la croyons jusqu'ici assez mal règléo. Nous sommes d'avis qu'il faudrait proscrire radicalement la balle cylindrique André, à triple ailette creuse et réduire le nombre des cartouches à balles, au profit des cartouches à plomb. Les numér()s 1, 2, 3 et 4 suflSsent et il serait inutile (h monter au-dessus du 5. Pour les petits oiseaux, la cendrée nous fait défaut complètement. Il nous est impossible d'en tirer avec le numéro 8 sans les mettre complètement en compote.
Le fusil du calibre numéro 12 est bon, sans constituer une arme de premier choix. Je ne suis guères partisan du canon rayé. Pour un chasseur qui tient plutôt à rapporter du gibier qu'à faire preuve d'adresse, c'est un inconvénient grave que de ne pas pouvoir recourir au doublé. S'il s'agit de grosse bète ou du gibier noble, Texpress-rifle demeure l'arme par excellence.
. Le Winchester a des qualités, mais entre les mains des Arabes et des Askaris de l'escorte il se détraque facilement. La poussière de la route s'introduit dans le mécanisme, à nu sur une certaine surface, et empêche le fonctionnement régulier du chariot à cartouches. M. Burdo, dans un de ses rapports à l'Association de Bruxelles, s'est trompé lorsqu'il affirme que les populations nègres ne connaissent encore que le fusil à silex. Certaines tribus disposent de bon nombre d'armes à capsules et déjà les Winchester commencent à faire leur apparition. DansrQu-Nyaniembé, notamment, j'en ai vu de supérieurs aux nôtres et maniés par les Arabes avec une inquiétante désinvolture. Tout bien considéré, les Remington et les Gomblain, tels
qu'on nous les envoie pour armer nos Askaris, sont trop lourds. On a beaucoup de peine à les faire adopter par les soldats indigènes qui s'accommoderaient mieux d'un simple mousqueton. Qu'importe la portée plus ou moins grande do leurs fusils, étant donné l'usage qu'ils en font! Nos hommes tirent sans viser, pour faire le plus de bruit possible et la poudre qu'ils gâchent, est littéralement brûlée aux moineaux.
— Ledaou de M. Cambier, complètement réparé, a été lancé lois février, et nous avons pu faire une courte promenade sur le Lac. Notre voile latine, en toile Mardouf, ou croisée, vient de Zanzibar. Le temps était beau et les flots calmes. Mais nos hommes se montrent aussi piètres matelots que mauvais charpentiers et nonchalants agriculteurs. C'est encore un nouvel apprentissage à faire. Nous sommes revenus presque aussitôt, de crainte d'accident, et aussi de compromettre notre prestige nautique.
— Dans les moments de calme que me laissait ma maudite fièvre, je me suis fabriqué un fauteuil do bois, tendu d'une peau d'antilope. Ce meuble primitif, mais résistant, rappelle nos chaises de malades et aura malheureusement trop souvent le même emploi.
— Nos 50 chèvres, logées jusqu'ici dans une aile de l'habitation, deviennent d'un voisinage impossible. Leurs fortes émanations empestent le tombé. Tout... fleure le bouc, c'est-à-dire rien moins que le benjoin et la rose.
Après avoir mûrement réfléchi, on leur construit, à l'extérieur, un petit tembé, à mur de torchis plaqué d'argile, et couronné d'un toit plat.
Ces chèvres donnent fort peu de lait. A peine ce qui est nécessaire pour le thé et le café. Encore est-il d'un goût rance qui nous écœure.
Tous les matins, le troupeau est remis à la garde d'un jeune nègre d'une quinzaine d'années, présent de Siranda au capitaine Cambier. Hamici Mbouzi (Hamici, la chèvre) les mène paître dans la montagne ou sur les versants, aux herbes parfumées, exhalant, en certains endroits, une forte odeur de musc.
— Le couturier que nous venons de recevoir porte la date du