CHAPITRE XVII
phiquement ses roseaux, sans se soucier do continuer des avances si mal accueillies.
Un peu plus loin se présentent déliantes falaises schisteuses, descendant presque à pic dans les flots bleus sillonnés par des traînées de crocodiles. Leurs dos verts ondulent sur la surface plane du Lac, ou glissent sournoisement entre deux eaux.
Cependant il est près d'une heure et nous voyageons toujours sans apercevoir trace de village. Aux rares petites criques, coupant la muraille rocheuse, succède une suite non interrompue de nouvelles falaises se développant à perte de vue. Evidemment nous avons dépassé l'endroit et il nous faut faire volteface. Ce n'est qu'à 3 heures, et sousles rayons d'un Soleil torride que nous avisons, au fond d'une anse, qui nous avait échappée, quelques pirogues indigènes. D'une hutte élevée entre les herbes du rivage, sort un homme qui nous hèle et que nous reconnaissons bientôt comme ayant fait partie de la suite de notre ami Siranda. Nous abordons, en effet, sur le territoire de Katamba, dissimulé dans la jungle printanière, à la distance d'une lieue. Quatre hommes garderont le daou. Les deux autres nous suivront, portant les présents destinés au Moinangou et consistant en quatre beaux morceaux de Ranghi, étoffe de couleur bordée et frangée d'or.
Certes il nous fallait un guide pour nous faire deviner un village derrière ce vaste fouillis de matétés, de bambous et d'ambatchs, percé d'un sentierminuscule et où les herbes écartées à force de bras, 6e referment derrière nous. La petite troupe marche à la file indienne,préoédée par notre obligeant Nyampara, et faisant fuir les serpents nichés dans les buissons, auxquels dans la saison sèche on mettra le feu.
Le Boma de Katamba, enclos d'une palissade, se distingue par un aspect riant et même coquet. Formé d'une centaine de huttes en clayonnage et en torchis, recouvertes de toits de chaume coniques et flanquées de granges, il trahit la sage administration d'un chef accessible aux idées d'ordre, de travail et de progrès. L'habitation de Siranda est formée de plusieurs huttes plus grandes et plus régulièrement construites que les autres et entourées de haies de joncs.
Nos présents, simplement offerts et acceptés avec gratitude, nous prenons place sur une natte jetée à l'ombre, dans une des cours intérieures. Notre aUié, qui ne nous attendait plus, ne sait
que faire pour nous être agréable . Les hommes sont aijx champs, et le temps manquerait pour abattre et dépecer un mouton. Nous devrons nous contenter de pâte de maïs et d'un Kitoéo (quelque chose avec) de Sinnga séché.
Tout est en rumeur dans le Songhéro où les femmes vont et viennent, amicalement éperonnées par le maître. Cène sont que de simples esclaves, car les épouses légitimes demeurant dans des cases séparées et ne paraissent point devant les étrangers. Quant aux nombreux enfants de Siranda, négrillons à Tépaisse chevelure et à l'air éveillé, ils viennent familièrement regarder les Hommes Blancs, dont leur père leur a fait sans doute un portrait flatteur.
Enfin, le modeste repas est servi dans des écuelles de bois. Pour la seconde fois, nous nous passons de fourchettes et, selon la coutume africaine, roulons à la main des boulettes do maïs, à l'aide desquelles nous retirons du plat, les menus morceaux de poisson sec. Une faim dévorante assaisonne cette chère assez maigre, mais dont nous feignons d'être fort satisfaits et que font passer quelques lampées de Pombé nouveau. Siranda ne mange ni ne boit avec nous. On le dit sobre et ennemi déclaré de tout excès de boisson.
Nos reliefs sont portés aux hommes restés dans le daou et que nous ne tardons pas à rejoindre. Il n'est pas loin do six heures et la nuit va tomber. Après avoir pris congé de notre hôte que nous engageons à venir nous voir plus souvent, nous traversons, précédés par notre premier guide, Tépaisse jungle pleine, à présent, de bruits mystérieux et de sibilements d'insectes. La lune épand sur les flots ses nappes d'argent silhouettées de points noirs formés par les hippopotames endormis à fleur d'eau. Nous gagnons le large et faisons force <le rames, poursuivis et enveloppés d'essaims de cruels moustiques. Il est plus de deux heures lorsque, brisés de fatigue, nous abordons à la Station. M. Ramaeckers, dont l'estomac ne s'accommode point de toute viande, a rapporté de Katamba une indigestion en règle. Il se fait faire du thé, pendant que je ronfle déjà à poings fermés.