‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 149 sur 232 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Mauvais réveil î — Les essais de cultures européennes. — Moyens de transport.

— Entre la vie et la mort. — M. Popelin s'engage à retourner à la côte. — Courrier de Tabora. — M. Van den Heuvel réclame son remplacement. — Simba fait la guerre. — Nos Askaris sont proches. — Serment d'ivrogne, — Le capitaine Popelin s'alîermit dans ses premiers projets. — Itinéraire. — Le déparu — Djëmadar Ghan Mohamed et Amir. — Un serviteur compromettant.

— Notre matériel de gueiTe sous séquestre. — Dédit et engagement. — Le nouveau contrat. — Une recrue plus importante. — Nous signons avec Sef bin Rachid. — Reprise de travaux. — Les briquetiers. — Un apprentissage diiHcile.

Mauvais réveil! J'ai de nouveau la fièvre. A ce qu'il paraît, elle me revient tous les neuf jours. Bon à savoir. Nous prendrons du sulfate de quinine le 8®.

Il serait bon que chaque Européen annotât, soit en voyage, soit à destination, les intervalles et les heures auxquels se représentent ses accès de fièvre, car VOmina se distingue ordinairement par une ponctuelle régularité.

En prenant préventivement de la quinine, tous les 9 jours, et la veille de l'accès probable, j'en suis arrivé à me débarrasser de ma maussade visiteuse. Mais si je néglige une seule fois de me médicamenter aux dates falales, je suis certain de la voir arriver comme si de rien n'était.

Chez le capitaine Raemaeckers, l'accès se présente de 7 en 7 jours. Ainsi, chacun a ses échéances particulières qui, une fois constatées, peuvent être éludées, grâce à la précieuse quinine.

— Aujourd'hui, 20 mars, la pluie a fait rage et tous nos hommes ont dû se mettre à réparer nos toits en terrasse.

M. Popelin garde le lit. Il a beau être bâti en bois de teck, comme le prétend le docteur Van den Heuvel, la fièvre ne l'épargne pas plus que nous. On dirait môme qu'elle s'attaque plus volontiers aux tempéraments forts, où elle trouve plus à ronger.

Sef bin Rachid est revenu de TOu-Pipa avec une certaine quantité d'ivoire. Il campera quelques jours ici, ainsi que les vingt hommes de sa petite caravane.

— En fait d'agriculture, cédons la plume à maître Roger, agronome distingué en même temps que chasseur émérite. Luimême, dans une lettre adressée au Secrétaire général de TAssociation Internationale Africaine, rapporte les expériences tentées par lui, pour faire de la station de Karéma un centre de production complètement indépendant des villages voisins et pouvant suffire à Talimentation d'une colonie bien plus nombreuse que celle qui s'y maintient actuellement à grands frais. Les renseignements donnés par mon cher compagnon de voyage seront lus avec intérêt et ses vues si sagement pratiques appréciées à leur juste valeur.

Voici sa lettre, dont il me permet de prendre copie :

« Lorsque j'arrivai à Karéma, le 4 décembre 1880, j'avais hâte de suivre les recommandations que Sa Majesté le Roi avait daigné nous réitérer, recommandations semblant s'adresser plus particulièrement à moi, flls de fermier, et qui trahissaient son grand désû' de voir tenter à Karéma des essais de cultures européennes.

« Dès le 12 décembre, deux jours après le départ du capitaine Cambier, j'attaquai résolument les travaux de jardinage.

« Les semences des plantes potagères d'Europe étaient arrivées en bon état, — du moins en apparence, — et comprenaient des échantillons d'une grande quantité de variétés. Le capitaine Popelin ayant mis ses hommes à ma disposition, j'en choisis une demi-douzaine parmi ceux qui me semblèrent les plus propres aux services que j'avais à réclamer d'eux. Nous entamâmes le défrichement d'un terrain excessivement riche, situé à une centaine de mètres de la Station et comme la saison des pluies avait commencé, je pus ensemencer au fur et à mesure.

« Différentes graines ne donnèrent point de résultat. La nature du sol ne leur convenait-elle pas? Avaient-elles trop vieilli dans nos caisses ? Ou bien encore leur récolte s'était-elle mal faite, en Europe? Tant il est, que les semences de plusieurs variétés d'oignons ne poussèrent jamais, bien que j'en resemasse à diverses reprises et dans les meilleui^es conditions.

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