‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 150 sur 232 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

« M. Cambicr avait déjà introduit à Karéma l'oignon de rOu-Nyaniemté et celui d'Oudjiji d'importation arabe. Avant son départ, il m'en remit les semences, qu'à différentes époques je confiai à la terre. A ma grande satisfaction, ces oignons ont toujours parfaitement réussi. Actuellement nous en possédons un joli carré en plein rapport. Je les ai repiqués par précaution à 3/4 de pied de distance les uns des autres, contrairement à l'usage conservé dans notre pays oii on les laisse croître à l'endroit où ils ont déjà poussé. Personnellement j'ai introduit des aulx, provenant de Bombay. Ils ont très bien repris et nous on comptons déjà une centaine de plants.

« Pas une fève des différentes espèces de haricots importées d'Euj'ope n'a pris tandis que les haricots du pays viennent à ravir. Les indigènes plantent les leurs dans les champs de maïs, lorsque le turquet a déjà environ un pied de hauteur. Le haricot s'enroule à la tige du maïs comme autour d'un tuteur. C'est là un moyen fort ingénieux qui simplifie singulièrement la culture.

« L'oseille, l'épinard, le peml, le cerfeuil, le céleri, le scorsonère (salsifi noir) et le chou-fleur n'ont jamais rendu. 11 me souvient avoir entendu dire, autrefois, en Belgique, par des personnes réputées compétentes en fait d'agriculture, que des graines de différentes espèces, mises ensamble dans la même caisse, se nuisaient au point de se détruire mutuellement. Le cas s'est, sans doute, produit pour mes pauvres semences, vainement apportées de si loin. En revanche, beaucoup de graines ont poussé aussi bien qu'en Europe et auraient rendu bien davantage si la saison des pluies ne les eût tenues dans un état d'humidité trop constant. Je n'avais pas encore, malheureusement, Texpérience du pays, que j'ai acquise depuis. Autrement j'aurais établi mon champ et mon potager à un endroit un peu élevé et tout semé sur billons à des époques un peu distantes.

« La tomate d'Eui'ope donne à pleins paniers et devient souvent plus grosse que le poing. J'en ai un parc de plus de trois mille plants et douze Européens pourraient facilement s'en régaler journellement. Nous en mettons dans tous nos plats sans parvenir à nous en fatiguer.

<r A mon avis, pourtant, il serait hadispensable de renouveler la semence tous les trois ans, car la tomate montre des tendan-

ces à dégénérer et à s'abâtardir. Au bout d'un certain temps elle perd ses belles formes côtelées pour s'arrondir comme une banale pomme d'api ou plutôt comme une cerise monstrueuse. Elle perd également une partie de son arôme et, en retournant à l'état sauvage, devient aqueuse. La tomate quasi sauvage croît partout à Karéma. M. Gambier Ta rapportée de TOu-Gouha et les perdreaux semblent se plaire à la propager. Us sont très friands de sa chair, et vont colportant sa semence comme à dessein. Un des Askaris du capitaine Popelin prend journellement force perdreaux au lacet, rien qu'en se servant pour appâts des tomates les plus appétissantes.

« La carotte croît très bien à Karéma, seulement son goût diffère sensiblement de celui do la carotte d'Europe. Elle est plus sucrée. Toutes les variétés que j'ai semées ont réussi. Le navet a également rendu. Il a acquis ici des proportions anormales, mais en perdant de sa qualité. En effet, il est devenu fort ligneux. Cela provient, j en suis persuadé, de Texcès de d'humidité.

« Toutes les variétés de salades ont pu être acclimatées. La romaine tend cependant à monter et pomme rarement. Nous en avions des milliers de plants que j'ai repiqués sur billons, à distance de 3/4 de pied. 11 en paraît tous les jours sur notre table. Notre cuisinier les fait cuire à Teau avec un peu de sel, puis mijoter dans un soupçon de graisse de chèvre... lorsque nous en avons. On ne fait pas toujours gras chez nous, et Karéma pourrait bien venir de carême. Mais ces repas d'anachorètes, du moins, ne nous causeront pas d'indigestion»

« La chicorée pousse d'une façon assez satisfaisante. Mais je serai sur le Lac, lorsqu'il faudrait la traiter pour la rendre comestible, ainsi qu'on le fait dans le Tournaisis. Nous ne pourrons donc l'utiliser, mais les graines, soigneusement recueillies, servh^ont à une seconde expérience.

« Les radis poussent comme par enchantement ; il en a paru de nombreuses bottes sur notre table. Le radis noir, ou raifort, a également bien rendu. Dans ces parages il devient réellement monmnental.

< Le chou-rave conserve de beaux tubercules, mais le concombre et l'anis ont laissé à désirer. Il en a été de même des melons dont la semence a levé, mais sans résultat, par suite de la trop grande humidité des terrain^oii je les avais semés.

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