CHAPITRE XVIII
en peu do temps un corps de serviteurs dévoués, qui sauraient bientôt défendre avec conviction leur quasi-propriété.
On pourrait acheter, puisqu'il faut bien passer par là, des jeunes gens nubiles pour un maximum de lOdotis par tête. Ainsi, contre une valeur de 2500 à 3000 francs, on se constituerait un cadre de 50 pupilles, se suffisant complètement et produisant à peu près tout ce dont ils auraient besoin, tandis que, sur le pied actuel, nous consacrerons vingt et quelques mille francs par an, pour entretenir une garnison de soldats fainéants, dont le seul but, en nous restant fidèles, est de manger et de boire le plus possible, pour une somme dérisoire de travail. On peut supposer, avec quelque raison, que les mercenaires, ne s'engageant que pour un temps donné, s'attachent médiocrement à leurs maîtres temporaires et au pays qu'ils se promettent de quitter à l'expiration de leur contrat. En s'attachant une population stable, habilement dirigée par des chefs européens, et ne travaillant que pour son propre bien-être, on ferait œuvre d'avenir.
« A Karéma il suffit de retourner la terre pour qu'elle rende au centuple ce qu'on lui confie. Il n'y a guères que deux mois de l'année pendant lesquels la nature se repose. Les indigènes, sobres par tempérament et par habitude, n'y mangent que du maïs et des patates douces récoltés quasi sans travail. On y obtiendrait, avec un peu moins d'incurie, le riz, le sorgho, peut-être même le blé, quoique, pour cette dernière céréale, l'essai tenté par moi n'ait pas été heureux, à cause de la saison peu propice, choisie par défaut d'expérience.
« Enfin, je suis convaincu qu'il no suffit que de vouloir pour pouvoir, mais, encore une fois, à la condition qu'on s'entoure exclusivement d'esclaves émancipés et dressés soigneusement.
« Je crois aussi que le gros bétail serait facile à introduire à Karéma. Nous possédons en ce moment un taureau superbe, présent de Simba au capitaine Popelin. Les chèvres et les ânes s'accommodent fort bien du climat. Si je retourne jamais ici, j'amènerai quelques chevaux, de race sobre et résistante, comme j'en ai vus à Zanzibar.
^ On a eu tort, et grand tort, de se borner à quelques tentatives insignifiantes pour acclimater le chameau. Il n'y a pas de doute, selon moi, que cet animal résisterait parfaitement dans les régions situées à l'Ouest de Mpouapoua. Et les éléphants, dressés à la capture de leurs compagnons à l'état sauvage ? On n'en
parle plus? Ce serait cependant la monture nec plus ultra pour l'explorateur, déjà un peu au courant des routes et du pays. »
Personnellement, je ne puis qu'approuver les vues si pratiques de notre excellent camarade, non seulement pour la question spéciale de l'agriculture, dans laquelle je ne puis prétendre à sa parfaite compétence, mais au sujet de l'organisation du travail. Plus nous allons, et plus nous nous convainquons de l'impossibilité d'aboutir à quoi que ce soit sans faire usage d'anciens esclaves.
Bon gré, mal gré, il faudra recourir au seul élément apte aux labeurs agricoles, ici de toute première nécessité. Il y aurait également à tenir un compte sérieux des observations de Roger concernant l'élève du bétail et l'acclimatation des ânes de l'Ou-Nyamouézi et de l'Ou-Gogo.
La grande pierre d'achoppement, en Afrique, c'est la difficulté des moyens de transport. Que Ton remplace les éléphants, déjà vieux et surmenés, de Carter, par des animaux jeunes et entraînés modérément ; qu'on tente de nouveaux essais de capture, et je suis persuadé, en attendant l'introduction éloignée des voies ferrées, qu'on provoquera ici une production agricole, aujourd'hui sans stimulant et sans débouchés.
28 mars. — M. Popelin a été fort malade. Pendant six jours nous l'avons tenu entre la vie et la mort. Les crises se succédaient presque sans interruption. Nous nous sommes relayés à son chevet et les soins ne lui ont pas manqué. Mais que faire contre un mal qui résiste aux médicamentations les plus énergiques? Ce que le malade a absorbé de quinine est effravant !
Un moment, nous désespérions de conserver notre ami qui, pour sa part, S3 croyait bel et bien perdu. Mais la mort n'est pas ce qui l'inquiète, 11 se désole, seulement, de ne pas avoir pu remplir la mission que lui avait confiée l'Association Africaine, désireuse do voir établir une Station belge à Nyangoué, sur le Congo. On sait comment il s'est vu retarder dans ce projet par la nécessité de protéger, avant tout, la caravane de MM. Roger et Burdo, menacée par les troupes de Mirambo et de Simba. Il n'y a pas à hésit9r, sitôt rétabli, il faut qu'il gagne la côte. Les