CHAPITRE XVIII
Du côté de riiémicycle de montagnes, et au pied même du tertre sur lequel s élève la Station, on trouve un limon gras qui, mélangé de petits morceaux de schiste, de quartz, de cailloux et d'un peu de terre végétale, convient admirablement à la confection des adobes (Matoufalis). M. Gambier, avant son départ, nous a indiqué les procédés employés par les Arabes et les perfectionnements qu il y a apportés. L'eau, se trouvant à proximité, dans des trous forés antérieurement, on en arrose le composé argileux et pierreux, pétri à la pioche ou simplement foulé aux pieds. Nos apprentis briquetiers transportent sur des morceaux d'écorce do miombo, la pâte grenue qui passe dans des formes cubiques de la grandeur de six briques de Boom (1) ordinaires, et consistant en quatre planchettes assemblées. Une raclette égalise le dessus, et Tadobe, exposée au Soleil, na guères besoin de plus de trois jours pour sécher. A cet effet, un grand espace se trouve ménagé, à proximité de hangars, où Ton se hâte de remiser les briques à la moindre menace de pluie.
Qui le croirait, ces opérations si simples nécessitent des explications sans nombre et l'intervention continuelle de Ghan Mohamed. Les malheureux Askaris, parmi lesquels il ne se trouve pas un seul ouvrier maçon, forgeron ou charpentier, s'embrouillent dans les besognes les plus machinales. II faut leur mettre la pelle à la main et remuer l'argile avec eux, charger les baquets d'écorce, surveiller attentivement la mise en forme, régler l'exposition au Soleil!.... Sitôt qu'on les quitte des yeux, — et je ne puis pas cependant les avoir partout — ils agissent au rebours, s'interrompent pour causer, s'attardent à préparer leur chique, car, à l'exemple des Arabes, ils affectent de ne pas fumer on public. En une journée, quarante d'entre eux ne font pas l'ouvrage qu'un seul briquetier de Boom, assisté de trois gamins, abat sans encombre. C'est à se vouer au diable, grand constructeur comme Ton sait, à preuve tous les ponts qu'on lui attribue.
Entretemps, nous faisons élever le long des murs intérieurs du Fort, une suite de hangars, en vérandas, pour abriter nos matériaux, briques, bois de construction, etc. Après deux
(1) Petite ville, située aux euvirous d'Anvers, et renommée pour bes briqueteries.
heures de raprès-midi, nos travailleurs éreintés y viendront faire la sieste. Un groupe de bûcherons coupe force jeunes arbres dans les forêts voisines, et rapporte, par bottes épaisses, les herbes destinées au recouvrement des gitages. La besogne avance donc, lentement, il est vrai, mais elle avance.