CHAPITRE XIX
Pas de femmes! — Makenndë, Thercule. — Une ëpouse pour 15 dotis. — Réunions intimes. — Le Djéraadar. — Forhan. — Entre l'enclume et le marteau.— Les imprudences de Bamboula. — Mohamed Maskam, l'improvisateur.
— Défaits par des buffles. — Découragement. — Optimisme. — Lancement du Cainbier, — Les colères du Tanganika. •— Un jalon. — Fin de la Massika. — l*a malaria africaine. — Au meurtre ! — Conseil de guerre. — Exécution de Makenndë. — Les doubles funérailles. — Les chasseurs d'éléphants. — Menaces de guerre. — A bon entendeur salut I — Croyez en Dieu et tenez votre poudre sèche. — Diplomatie et ravitaillement. — Vers le Sud.
— Grèves et falaises. — Couché sur le roc. — L'ancre rompue. — Un passage dangereux. — Le Sultan Kallialya. — Blague pour blague. — Le marché. — Pèche à l'hippopotame. — Filet pour les poules. — Les Sultanes. — Achat de tabac. — Retour. — Presque naufragéi !
Quel ramassis de déclassés, de rôdeurs et d'anciens habitués de la Guéréza, que les hommes à gages dont notre Djémadar a renforcé son cadi'e d'esclaves I II n y a guères, d'ailleurs, que les gens à bout de ressources, ou compromis dans quelque algarade, qui se résignent à abandonner le séjour vanté de la Côte, pour s'enfoncer dans l'intérieur, sous la férule d'un chef d'expédition. Très peu d'entre eux, qui soient aptes à un métier quelconque. Avec cela, pleins de présomption et se croyant bien supérieurs aux rustres Oua-Ghenzis des villages environnants, qui, du moins, eux, possèdent quelques notions d'agriculture et sont en mesure de suffire à leirs propres besoins. Jusqu'aux esclaves de Ghan Mohamed qui parlent avec mépris des sauvages de Karéma, de Kafissya et de Katamba, chez lesquels, passé deux heures de l'après-midi, il ne dédaignent point, cependant, d'aller courir le guilledou ! Ces excursions galantes ne leur réussissent pas toujours, car plus d'un, pour s'être émancipé trop loin, à l'égard d'une sauvagesse en puissance d'époux, est revenu le soir, l'oreille basse, et le cuir légèrement entamé. Nous sommes fort mécontents do leurs façons d'agir et craignons qu'ils ne nous attirent des désagréments.
Notre Djémadar se déclare impuissant à refréner leurs écarts. « Il faut bien, prétend-il, leur laisser le temps de cher-
cher femme. » Le pis est que des désordres se produisent dans la Colonie même. Quinze, seulement,V des Askaris sont mariés, et comme le respect du lien conjugal n'existe guères chez de pareils vauriens, des querelles et des batailles, ayant la jalousie pour mobile, s'engagent fréquemment. Un certain Makenndé, grand et fort gaillard, d'un caractère détestable, se signale particulièrement par ses violences. Quoique simple esclave, c'est le tyran de la troupe, et tout plie devant lui. A chaque instant nous sommes obligés de le mettre à la raison. Un seul de ses camarades, également taillé en hercule, lui tient tête d'autant plus vaillamn^^nt, que Makenndé en veut à sa femme. Heureusement, déjà quelques Askaris, un peu en fonds, ont su s'assurer des compagnes dans les villages voisins. D'autres, se résignant à une continence temporaire, se proposent d'économiser sur leur Posho un ou deux dotis par mois. Lorsqu'ils en auront quinze, ils iront demander une fille en mariage et l'achèteront au père, comme cela se pratique ici. De sorte que nous pouvons espérer les voir, bientôt, tous, à la tête d'un petit ménage. Mais il faudra du temps pour discipUner de pareils sujets, livrés tout entiers à leurs instincts brutaux.
Ghan Mohamed se borne à les surveiller pendant les heures de travail, ce qu'il fait avec une dignité parfaite, mais aussi par trop panachée d'indulgence. A ses yeux, le zèle déployé par ses hommes, représente probablement le summum de l'activité humaine. Il semble tout surpris de nos hnpatiences fébriles et, enchaîné par sa grandeur à son poste d'observation, nous blâme très probablement, en son for intérieur, de nous ravaler en mettant nous-mêmes les mains à la pâte'.
— Chaque soir, réunion intime sur le Barza. Quelques fidèles, seulement, y prennent place avec M. Ramaeckers et moi. Ce sont, Ghan Mohamed, en qualité de Djémadar; Forban, son homme de confiance et chef de ses esclaves, élevé au rang d'Akida; Bamboula et Boniface, les interprètes de MM. Ramaeckers et Popelin; enfin un certain Mohamed Maskam, homme de ressources et dont j'esquisserai tout à l'heure le profil.
Notre Djémadar, arrivé fort jeune du Béloutchistan à Zanzibar, a dû mener une existence assez aventureuse. Ses premières entreprises commerciales ont si peu prospéré, qu'à un certain moment il s'est trouvé forcé de prendre du service dans la garde