CHAPITRE XIX
impériale. On l'a vu tour à. tour marchand d'hommes et d'ivoire, puis chef d'escorte, sans que ces différents métiers lui aient réussi. Il parle vaguement de revers de fortune qui le contraindraient à se contenter d'une position secondaire. Quoique parlant le Ki-Souahili moins couramment que nous-mêmes, il a su, par ses bons procédés, s'assurer la fidélité de ses soldats qui lui sont entièrement dévoués. Son fils Mohamed, métis de négresse, l'accompagne et, selon la coutume arabe, partage les travaux des derniers des esclaves.
Forhan, élevé dans la maison de son maître, qui l'a acquis encore enfant, le sert avec une entière abnégation. Intelligent et réfléchi, sachant commander et obéir, il paie d'exemple en se mêlant aux travailleurs. C'est à lui qu'on s'adresse pour organiser une besogna quelconque, car notre Djémadar n'a pas toujours la compréhension facile. Marié à une des esclaves de Ghan Mohamed, il en a obtenu un enfant qu'il adore et élève avec un soin tout particulier. Nul Africain n'est pénétré comme lui de la nécessité d'une culture intellectuelle et des bienfaits de la civilisation. Les hommes le respectent infiniment, et pour ce qui nous regarde, nous avons appris à l'estimer. Son aptitude à tous les métiers est véritablement étonnante. Jamais on ne le voit inactif, et ses moments de loisir, il sait les employer à la confection de vêtements, non seulement pour lui et les siens, mais encero pour les Askaris, en mesure de rétribuer ses services.
On connaît déjà Mohamed Biri, affublé par les gamins de Bruxelles du sobriquet de Bamboula. Intermédiaire naturel, entre nous et les colons nègres, porteur de nos commandements et chargé d'une surveillance continuelle, tenu, d'ailleurs, à une conduite réservée et prudente, Bamboula jouit de toute... l'impopularité attachée aux fonctions d'adjudant sous-officier ou do pion de collège. Il n'est tour qu'on ne lui jouerait, sans notre vigilante intervention. Le pauvre Mohamed Biri n'a point non plus une santé bien robuste. Habitué aux vêtements européens, et surtout aux souliers, préservateurs de l'humidité, il s'est entêté à reprendre le costume et les sandales des Arabes. De là une série de refroidissements, compliqués de dysenterie. Nous l'aurions depuis longtemps tiré d'affaire s'il voulait se mettre au régime. Mais, entêté comme une mule, il jette nos médicaments et, mangeant à part, use des aliments les moins
propres à son rétablissement. Ni représentations, ni ordres formels, n'ont pu avoir raison de sa sotte obstination. Il faut le laisser faire à sa guise.
Boniface, lui, profite de son accident pour se la passer douce. Il est plus confit en dévotion que jamais, et continue à invoquer, avec une égale ferveur, suivant les circonstances, le Christ ou Mahomet.
Le plus gai, le plus remuant de tous, c'est Mohamed Maskam, originaire de Kiloa, et un des Akidas de la troupe. Connaissant toutes les légendes, tous les contes, toutes les fables qui ont cours depuis la Côte Orientale jusqu'au Lac, il fait la joie de ses camarades sur lesquels il a acquis une heureuse influence. On pâme à ses plaisanteries, dites avec une verve indémontable. S'il faut donner un coup de colUer, c'est lui qui se charge de l'obtenir, mais sans s'y adjoindre autrement. Avec cela, assez bon tailleur pour que M. Ramaeckers me l'ait attaché. Je l'emploie à la confection do nos voiles.
C'est mon favori, et je m'en suis fait conter mainte histoire. Le drôle en profite pour se donner du bon temps, car il est carotlier dans l'âme. Mais il faut bien passer quelque chose aux artistes !
— ïchiata vient de s'allier à Kangoa pour faire la guerre à un petit chef du voisinage. Il fallait s'y attendre, à présent que la moisson est rentrée. Les deux Sultans, le premier, traînant sa bedaine, le second, escorté de son porte-pipe, ont fédéré leur incurie et leurs convoitises. Fiez-vous aux ventrus et aux idiots! A Tarrivéo du capitaine Cambier dans le pays, c'est à peine si Kangoa possédait 3 chèvres et quelques poules. Le voilà qui, lui aussi, veut jouer au pillard. Les deux associéi sont revenus bredouille et tout courant, un immense troupeau de buffles ayant culbuté leurs vaillantes armées. On ignore le nombre des hommes éventrés, réduits en bouillie, ou plus ou moins sérieusement endommagés. Tel qui s'en va chercher de la laine
17 avril (jour de Pâques). — J'ai la fièvre ! Elle ne laisse, paraît-il, échapper aucune fête carillonnée. Depuis un mois, elle semblait m'avoir oublié. C'était trop beau. L'accès, heureusement, est aussi court que léger.
Les travaux continuent. Laissant les briquetiers sous la sui^