CHAPITRE XIX
mulées contre lui. Il lui serait, d'ailleurs, impossible de nier. DansTintérêt de sa cause, nous tâchons de lui arracher quelques détails sur l'altercation suprême. Peut-être s*cst-il vu attaqué ?
A toutes nos questions, il ne daigne pas répondre une syllabe.
La femme du défunt, interrogée à son tour, ne peut nous donner aucun éclaircissement.
Makenndé, d'ailleurs, ne se fait aucune illusion sur son sort. Déjà, il a partagé entre ses amis le peu d'étoffe qu'il possède, et sa résignation farouche ne se dément pas.
La cause est instruite. Mais nos hommes se refusent à donner leurs voix. Ils déclarent s'en référer au Djémadar. M. Ramaeckers ne l'entend pas ainsi. C'est une grave responsabilité que la mort d'un homme. A la Société, seule, appartient le droit de punir. Il faut que tous donnent leur avis. Ghan Mohamed ordonne à ses Askaris de se prononcer.
Makenndé est condamné à mort, à l'unanimité des voix, et nous décidons que l'exécution aura lieu immédiatement.
Sur la plage s'élève un arbre solitaire, baptisé par nos hommes du nom de Mnazi Modjia, en souvenir du palmier de Zanzibar. C'est là que, vers midi, le meurtrier expiera son crime. Bravement il marche à la mort et se laisse attacher à l'arbre fatal. Un peloton d'exécution est désigné, commandé par le Djémadar en personne, Makenndé le voit s'approcher sans baisser les yeux. Nous détournons les nôtres en frémissant. C'est à bout portant que l'on tirera, pour que la mort soit instantanée. Les cinq fusils partent à la fois. Justice est faite! La tête du condamné ne forme plus qu'une bouiUie sanglante.
L'exécution du meurtrier est suivie des funérailles de la victime. Nous rentrons en bon ordi'e à la Station pour y procéder d'après les rites musulmans. Le corps, roulé dans deux dolis d'étoffe, est transporté sur une civière de branchages, à une centaine de mètres des champs défrichés par Roger, et où, dès le matin, on a creusé la fosse. Pondant que deux hommes y descendent pour déposer le cadavre dans un enfoncement spécial, et garnissent une espèce de siège d'objets votifs, dont je n'ai pu discerner la nature, on tient étendu sur la tombe une grande
draperie, dérobant aux assistants les détails de la cérémonie suprême.
Nos hommes nous demandent la permission d'enterrer aussi Makenndé, bien qu'il soit d'usage de laisser le corps des criminels devenir la pâture des animaux de proie.
— « Il ne serait pas convenable » prétendent-ils, qu'un M'Gouana restât exposé aux regards curieux des Oua-Chenzis du voisinage. Et, quoique esclave, Makenndé, par son séjour à la côte, a mérité ce titre auquel ils tiennent si fort.
Nous ne demandons pas mieux que de voir disparaître les restes mutilés du criminel, qui est inhumé au pied même de l'arbre oii il a subi son châtiment.
Makenndé et sa victime comptaient parmi nos plus beaux soldats !
27 avril. — Nous avons reçu aujourd'hui la visite de plusieurs chasseurs d'éléphants, commandés par un lieutenant de Matoumoula, du nom de Mounié Mabanga. Cet homme, qui a longtemps habité Kafissya, se rend à Simba, quartier-général de son maître. Il nous confirme la déconvenue du gros Tchiata, mis en déroute par des buffles, mais qui n'aurait pas renoncé à Tespoir de rançonner quelque peu ses voisins. Tout le pays se remue, du reste, et il va y avoir du grabuge. Les arcs, les lances et les fusils remplaceront les houes et les pioches. Notre hôte nous recommando de nous tenir sur nos gardes.
De solides gaillards, que ces chasseurs d'éléphants ! Armés de fusils à silex et de, lances, il s'en vont traquer, jusqu'au fond des jungles lointaines, Téléphant qui tend à émigror ou à disparaître. Confiant dans les amulettes, qui leur enlèvent la conscience du danger, ils s'approchent intrépidement de leur monstrueux gibier et, tirant tous ensemble, lui logent, à la bonne place, les nombreuses balles dont ils chargent leui^ lourds canons. Milheur à eux s'ils manquent lo but ! L'animal furieux se rue sur eux, les embroche sur ses défenses, les piétine et les réduit en pâte sanglante. Mais de pareils accidents sont rares. A rencontre des autres Africains, les hommes de Matoumoula visent à merveille et conservent tout leur sang-froid.
Les chasseurs d'éléphants prennent grand soin de leurs armes,polies et reluisantes comme un miroir. Ils ornent la crosse