CHAPITRE XIX
des fusils de clous de cuivre et y enroulent coquettement du fil de laiton.
— Malgré les menaces de guerre qui continuent à nous arriver,on travaille activement à la Station. Pour le moment,nous croyons n'avoir rien à craindre, étant en mesure de recevoir rudement toute agression. M. Ramaeckers a fait dire à Tchiata, le plus remuant des chefs limitrophes, qu'il désirait vivre en bonne intelligence avec tout le monde,mais que si, par aventure, quelque chef désirait la guerre, il lui éviterait la peine de venir jusqu'à Karéma, en allant l'attaquer lui-même et en brûlant son village. Cette communication a suflS pour nous attirer des protestations d'amitié à n'en plus finir. Nous ne nous y fierons que tout juste. 4c Croyez en Dieu, disait Cromwell, et tenez votre poudre sèche. >
1^'juin. — Notre ravitaillement devenant de plus en plus difficile, il est de toute nécessité d'étendre le cercle de nos alliances et surtout de nos fournisseurs. Siranda nous a vendu ce qu'il pouvait, mais il ne saurait, pour nous alimenter, se mettre lui-même dans l'embarras.
Kangoa n'a pas trop de sa maigre récolte. Tchiata se fait tirer l'oreille et, d'ailleurs, le pays n'est pas sûr pour nos fourrageure. Nous allons faire une tentative auprès de Kallialya, qui nous a envoyé dans le temps ses pêcheurs, et c'est moi que M. Ramaeckers charge de cette négociation. En conséquence, je m'embarque en compagnie de Forhan et de Mohamed Maskam.
Le Cambier est remis à flot et, avec six hommes d'équipage, nous démarrons, vers 9 heures du matin, munis d'une certaine quantité d'étoffes. Départ à la rame, vent debout, en longeant la côte dans la direction du Sud. — A midi, déjeuner froid dans une petite crique. — Lorsque nous repartons, deux heures après, le Lac est fort agité, et nous avançons péniblement. Toujours des falaises, plongeant dans les flots leurs flancs à pic. La nuit tombe sans que nous trouvions un endroit pour nous mettre à l'abri. Enfin, vers 7 1/2 hernies, la côte s'abaisse peu à peu. Nous avançons avec précaution, et découvrons une anse entoui'ée de roches peu élevées. Je fais jeter l'ancre dans deux brasses d'eau et amarrer l'arrière de l'embarcation à un arbre surplombant le Lac.
Le terrain schisteux est semé de branches sèches dont nous alimentons notre feu et Maskam prépare le repas, composé d'ujie volaille et d^un plat de riz. Puis, roulé dans une couverture de caoutchouc, je m'étends sur le roc, à défaut de couchette plus moelleuse. Sur la rive des Maroungous, brillent des feux pétillant dans la nuit sombre.
— Vers 2 heures du matin, grande alerte. La corde de notre ancre s'est rompue et le Cambier menace de se briser contre les rochers. Jusqu'à l'aube, je suis obligé d'employer deux hommes à écarter l'embarcation au moyen de gaffes. Forhan fait plonger vainement pour retrouver l'ancre. Le voisinage de quelques crocodiles met fin à un exercice, devenu par trop dangereux. Nous remontons dans le bateau. A peine avons-nous parcouru un demi-mille, que la côte basse, cherchée la veille, apparaît par intervalles. Aucune trace de village, mais partout des bois ombreux couronnant les falaises, et bordant les grèves découpées en festons.
Couchés sur leurs rames, mes hommes vont bon train. Comme le vent est devenu favorable, je fais hisser la voile et nous filons rapidement à travers des bandes d'hippopotames, qui se divisent à notre passage. De nombreuses antilopes viennent s'abreuver le long des plages unies, mais je n'ai pas le temps de leur envoyer im coup de feu. Un peu plus loin, des riverains, péchant au filet sur une ïagune, nous vendent du poisson frais et séché.
La plage tourne de l'Est à l'Ouest. Nous doublons un Raz (Cap) aux abords jonchés de blocs rocheux. Le vent s'est levé debout, violent, impétueux. Malgré des prétentions nautiques, basées sur mon stage, comme mousse, à bord d'un navire marchand, et sur une réputation de canotier, acquise dans les eaux limoneuses du vieil Escaut, je na m'aventure qu'avec appréhension entre les récifs sous-marins, contre lesquels le Cam&Zer manque à plusieurs reprises de se briser. A la première occasion favorable, je fais aborder et nous campons, en attendant que la brise change.
Le pays est fort giboyeux. Je tire une antilope du genre dit Soiiara qui, avec quelques patates douces, fait les frais d'un excellent repas.
— ^Rembarques à l*aube,nous sortons heureusement de ce dan-