‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 165 sur 232 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

J'ai pu voir mes gens à l'œuvre. Cette nuit môme, un cheval de rivière a été harponné et on l'a amené, ce matin, à la rive.

Los indigènes se montrent fort habiles dans la confection des filets de pêche. Ils emploient les fibres de certaines racines, battues et rouies, puis filées à la quenouille.

Ces filets, montés sur des cercles, comme nos appareils à prendre les papillons, mais dans des proportions plus grandes, servent aussi, le soir, aux enfants, pour faire rentrer au logis, les volailles chargées de débarrasser les huttes de toute vermine.

Les Sultanes favorites de Kallialya sont venues visiter mon Cambi. J'en ai compté quatre, seulement, assez jolies et bien faites. Quelques rangs de perles les ont comblées de joie.

Ce que mes hommes achètent à force, c'est le tabac, pilé vert dans des mortiers, et pétri en pains. Ils se proposent d'en faire un objet de commerce, en le revendant le triple ou le quadruple du prix coûtant, aux Askaris de la Station. Le tabac se cultive ici en abondance et est, paraît-il, d'une qualité fort... prisée des fumeurs indigènes.

— Départ de Kallialya. Toutes nos provisions sont proprement emballées dans des paniers d'écorce. Le Soleil darde avec une intensité croissante. Pendant que mes hommes s'acharnent sur leurs rames, assis à l'arrière, je veux faire connaissance avec le fameux tabac dont j'ai emporté quelques échantillons. Mais une couple de bouffées me suffisent. Rien d'infect comme la fumée acre et nauséabonde qui me prend à la gorge, m'emplit les narines et me fait éternuer et tousser de façon à rendre des points à nos anciens porteurs de l'Ou-Nyamouézi.

Nous campons près des pêcheurs rencontrés quelques jours auparavant.

Le lendemain, la mer est fort houleuse.

A quelques milles de la Station, j'arbore le pavillon belge et pour annoncer notre approche, fais battre le tambour. En ce moment, le Lac est fort agité. Les lames courtes et hautes font

craquer le bateau. Nous marchions grand largue, la voile à tribord et le foc à bâbord avec deux ris ; le vent arrivant d'arrière, la quille du bateau suivait ime direction perpendiculaire à la crête môme des vagues. Tout à coup, le Cambier arrive avec son milieu sur la barre, située à un mille de la côte et qu'en temps calme, on passe sans danger. La proue sortait entièrement hors do l'eau.

Un craquement se fait entendre. Les têtes des petits boulons, joignant les deux sections centrales, près de la lisse de tribord, sont projetées au loin et ces sections se séparent à la partie supérieure. A tout moment, le bateau pouvait se fendre. Heureusement, mes hommes n'ont pas perdu la tête. Tous, soulevant la poupe, piétés sur la barre même, remettent l'embarcation à flot, et après avoir cherché et trouvé une profondeur suffisante, nous pouvons aborder sains et saufs à la rive.

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