‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 168 sur 232 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

noncée. A chaque instant, des nausées se produisaient, suivies d'expectoration d'une bile noire. A partir de ce moment, M. Popelin commença à se plaindre de violentes douleurs dans la région du foie, et il lui devint impossible d'incorporer quoique ce fût, en fait d'aliments ou de boisson. Eau, thé, café, quinine même, œufs crus, élixir de Warburg, tout était rejeté au bout de quelques instants, par l'estomac. J'essayai vainement de faire prendre au capitaine un peu de bouillon de poulet, pour lui redonner du ton. Le lait condensé, avec quelques miettes de bon biscuit, était également rejeté.

<( Le malade resta à peu près dans la même situation pendant les journées du 19, du 20 et du 21 mai. Puis il vomit abondamment une bile, tantôt noire et tantôt verdàtre. Les forces déclinaient visiblement et les douleurs dans le foie devaient être épouvantables, car la figure se contractait avec violence. Le 22, se produisit un hoquet de mauvais augure, hoquet brusque et bruyant, se répétant de 3 en 3 heures, pendant une vingtaine de minutes. Le 23, le hoquet devint plus continu, plus soutenu encore, mais moins bruyant. A chaque effort do la poitrine, on voyait bien que les organes de Tintérieui* se trouvaient abondamment chargés do bile. M. Popelin commençait aussi à n'avoir plus de suite dans les idées, et la mémoire lui faisait défaut.

« La nuit du 23 au 24 se passa sans sommeil pour le mourant, secoué, de 15 en 20 secondes, parle hoquet des derniei's jours. Le délire était venu, reportant notre ami au milieu des scènes joyeuses de la vie civilisée. Je l'entendais, avec une pénible émotion, causer de folles parties avec des amis invisibles et pousser de joyeux éclats de rire.

« Le 24, dès la première heure du joui% je retournai à la tente du malade, que je n'avais guères quitté la nuit précédente. Il me sembla plus calme, et la présence d'esprit lui était même revenue. La faiblesse, dont il se plaignait, était extrême, et j'en fus douloureusement surpris. Impossible de bouger les jambes, ni de faire un seul mouvement. Il me demanda de lui étirer les bras qui commençaient à se paralyser. Comme il se plaignait de la grande chaleur qui régnait dans la tente, je transportai, assisté de six hommes, son lit sous un abri de feuillage que j'avais fait construire le 20. Nous renouvelâmes l&s draps et, pensant procurer quelque soulage-

ment au malheureux, je le fis laver et lui passai du linge propre... Puis j'allai expédier vivement im déjeuner sommaire. Quand je revins, un quart d'heure après, je le retrouvai les yeux à demi-clos. Par deux fois je lui demandai s'il n'essayerait pas de prendre un peu de lait. Le malade avait perdu connaissance. Il remua à quelques reprises la tête en semblant respirer avec difficulté. Les efiorts devinrent de plus en plus pénibles... quelques larmes roulèrent dans ses yeux... puis il s'éteignit doucement. Il était 9 1/4 heures du matin.

« Je ne vous dirai pas la douleur que j'éprouvai à voir mourir aussi misérablement, à la fleur de l'âge et dans toute l'exubérance d'une nature singulièrement trempée, l'excellent et dévoué compagnon dont j'avais partagé si longtemps les dangers et les espérances.

« Ses deux serviteurs et le soldat chargé de gouverner le bateau, assistaient à ses derniers moments et partageaient mon émotion.

4c Je fis aussitôt rassembler tous nos hommes, et leur annonçai la funèbre nouvelle.

« Comme le camp n'était guères éloigné de plus de 3 jours de Mtoa, j'avais envoyé, le 22, vers 8 heures du matin, cinq Askaris, porteurs d'une lettre à l'adresse du docteur Palmer, lettre par laquelle je le priai de se rendre immédiatement auprès de M. Popelin.

4c Le capitaine mort, je ne voulus point que ses dépouilles reposassent dans un coin perdu de l'Ou-Gouha et résolus de faire transporter son coi^ps à Mtoa, pour l'y enterrer suivant les rites du culte catholique, professé par le défunt. Dans cette intention, nous mîmes à la voile, dans la journée même du 24, vers trois heures de l'après-midi et, favorisés par la brise, nous arrivâmes à Mtoa, le lendemain, 25, à 4 heures du matin.

« Les missionnaires anglais, MM. Griffith et Hutley, firent immédiatement demander au Sultan l'autorisation d'enterrer le corps au sommet d'une colline del'ile deKassonghé, située en face du village. Mais cet endroit, réservé à la sépulture des chefs du pays, nous fut interdit. On nous en désigna deux autres, parmi lesquels, le cap Kimono, distant d'une vingtaine de minutes, et sur lequel s'arrêta notre choix.

« C'est au sommet des falaises à pic, dominant les flots du

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