‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 170 sur 232 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

des honjmes, à nous envoyés par M. Greffulile. La campagne terminée, et le butin réparti entre les vainqueurs, Amir s'est rendu chez nous où il a reçu congé.. Si nous avions pu nous douter de sa trahison, nous l'aurions très certainement fait passer en jugement. Mais le drôle n'a eu garde de se trahir, et a accepté avec empressement la permission de retourner à la côte.

Ce qui nous fâche, c'est que Ghan Mohamed est évidemment son complice. M. Ramaeckersen profite pour s'attacher indissolublement noti'e Djémadar. — « Amir, lui a-t-il dit, sera infailliblement condamné à la Guéréza, car nous écrirons à Zanzibar. Situ ne marches pas droit, à l'avenir, je n'aurai aucun scrupule de t'envoyer tenir compagnie à ton digne associé. » Ghan Mohamed, se jetant aux genoux de notre chef et lui baisant les mains, l'a suppUé de ne pas le livrer au Sultan et promis de racheter sa faute par un dévouement absolu.

Mais revenons aux causes de l'hostilité des indigènes. Furieux du renfort apporté par nos hommes à l'exécré Simba, les Oua-Ghenzis se sont adressés à Nyoungou, important chef de tribu, établi au Sud-Est de Tabora, sur les frontières du Mgonda Mkali. On se rappellera que ce furent ses Rougas-Rougas qui massacrèrent la caravane de l'ingénieur Penrose. Pacte a été fait de détruire sur la route tout ce qui serait Arabe, Européen ou Mgouana. D'un autre côté, les Arabes se plaignent amèrement de notre infidèle et avide Béloutchi, qui leur a fait fermer la seule route possible entre Tabora et Oudjiji. Fait non moins répréhensible, Amir s'est adressé à son frère Souleyman, fixé à Tabora, pour lui demander de la poudre et des balles. M. Sergèrc, croyant qu'il s'agissait de notre service, avait cru pouvoir autoriser C3 Souleyman à réclamer trois barils de poudre, provisoirement déposés chez un résident arabe. Mais M. Van den Heuvel a sommé ce dernier de restituer immédiatement les munitions, ce qu'il a obtenu avec beaucoup de difficulté. Notre compatriote a écrit à M. Greffulhe, pour qu'il s'explique avec Amir, et au besoin lui refuse un salaire peu mérité.

Par suite de ces hnpedimenta, M. Van den Heuvel a été obligé d'attendre le courrier bruxellois du mois de mars, et il nous envoie, en bloc, toute la correspondance arriérée. S'étant vu obligé de distraire 10 soldats de sa petite garnison et de demander au Gouverneur deux Askaris de renfort, il nous prie

de lui envoyer immédiatement cinq hommes bien armés, pour prendre chez lui la malle d'avril, qui doit être arrivée. Nous leur paierons, pour la route, 2 ou 3 dotis, et il se chargera de leur compter à Tabora la nourriture et le Posho de retour. De mois en mois, nous dépêcherons de nouvelles escouades, afin de régulariser un service, qui, jusqu'ici, a tant laissé à désirer. Il serait difficile au docteur de trouver lui-même des soldats sur lesquels on pût compter.

Le départ do M. Sergère inspire à M. Van den Heuvel des craintes légitimes sur l'avenir de la firme commerciale, fondée avec l'Hindi Séwa, par l'aventureux Marseillais.

Il nous donne, au sujet de cette affaire, quelques détails qui montreront à l'œuvre l'astucieux et dangereux Abdallah bin Nassib.

Nous avons vu, dès le commencement du voyage, que M. Sergère avait expédié à Tabora une immense quantité de marchandises. Spécialement recommandé par Saïd Bargash — peut-être intéressé dans l'entreprise — notre ami avait commencé par entretenir les meilleurs rapports avec l'élément arabe où, bientôt même, il trouvait de nouveaux associés. Disposant à foison d'excellent Mérikani, M. Sergère ne tarda pas à monopoliser, en quelque sorte, le commerce de l'ivoire. Les indigènes, attirés par la qualité supérieure de ses marchandises d'échange, ne se soucièrent plus du Satini, offert exclusivement sur le marché de Tabora, avant l'établissement de la firme nouvelle. Il en résulta un sourd mécontentement parmi les marchands arabes, incapables de soutenir la concurrence, et un complot en règle s'organisa pour forcer M. Sergère à quitter la place.

Pom' cela, il fallait le concours secret du Gouverneur et de son frère, s'juls capables d'inspirer à l'idiot Séki un ordre d'expulsion. L'intrigue fut très habilement menée. M. Sergère entretenait d'assez bonnes relations avec Souétou, frère du Sultan, établi h une demie lieue de Kouvara. Reconnaissant à ce chef afincain une intelligence supérieure à celle de la plupart do ses égaux en puissance, il le voyait volontiers et avait su l'intéresser à S2S affaires. Or, Séki avait conçu pour ce frère une haine, perfidement attisée par Abdallah bin Nassib. Il le soupçonnait de vouloir l'empoisonner pour hériter de son Empire, et voyait de mauvais œil tous ceux qui se trouvaient en bons tenues avec

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