‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 171 sur 232 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Souétou. Lo Gouverneur exploita cette situation. II sut persuader à sa dupe que Sergère conspirait avec le Moinangou et se livrait avec lui à la préparation de philtres malfaisants. Mirambo, d'après Thonnête fonctionnaire, était d'accord avec Souétou et THomme blanc, pour partager TOu-Nyaniembé et réduire en esclavage toute la population ! Et pour forcer la note, on acheta le témoignage d'une femme qui vint accuser M. Sergère de lui avoir remis du poison pour le mêler aux aliments de Séki ! Ces absurdes dénonciations, semées dans le public, obtinrent le succès voulu. Deux cents indigènes, accompagnant la femme en question, firent irruption dans la maison du négociant marseillais.

Abdallah bin Nassib, feignant de céder à la pression du Sultan,mit M. Sergère en interdit. En présence de pareilles persécutions, il ne restait plus d'autre parti à prendre que d'échapper, par un prompt départ, à une mort assurée. Reste à savoir comment Saïd Bargash appréciera la duplicité de son représentant infidèle.

M. Sergère est assuré de gagner la seconde manche de la partie engagée, et se fait fort de faire rappeler et punir son ennemi. Mais ses projets de commerce sont bien irrémédiablement perdus à Tabora. Il a laissé en souflrance pas mal d'affaires que M. Van den Heuvel, avec son obligeance ordinaire, s'est chargé de terminer pour lui.

Par un contre-coup assez curieux, le docteur, un peu on froid avec les chefs de la colonie arabe, à cause de sa liaison avec le proscrit, a reconquis toutes leurs sympathies. Il jouit même, nous écrit-il, aujourd'hui, d'un crédit illimité, qu'il a soin d'étendre encore, au grand avantage de l'Association.

Bien que le comité de Bruxelles soit averti de la fin malheureuse du lieutenant de Leu, jusqu'ici aucun successeur ne lui est désigné, ce qui contrarie énormément notre ami, pressé de regagner la Côte. Déjà, depuis le mois de janvier, il espérait se voir relever de son poste. Force lui est donc de rester dans rOu-Nyaniembé, jusqu'à nouvel ordre, car, par le temps qui court, il ne pourrait abandonner le tombé, refuge de tous les voyageurs en détresse. Beaucoup d'Anglais ont passé par Tabora. Heureusement, l'état excellent de la santé de M. Van den Heuvel lui permet d'exercer largement sa mission hospitalière.

D'après des lettres reçues par lui, les Pères algériens se seraient établis à Mdabourou où les Arabes leur prédiraient mauvaise chance. Ce nid à pirates n'est pas encore purgé de tous ses éléments de désordre.

La marche, vers l'intérieur, de 14 Européens, partis de Bagamoyo, est également annoncée. Mais quels sont les éléments de cette expédition ? Nous l'ignorons tous.

24 juin. — Roger est parti ce matin avec les 23 hommes qu'il va licencier. Le boy de M. Popelin et le seigneur Boniface, guéri de son accident, seront également rapatriés. Nous connaissons dès à présent, assez de Ki-Souahili pour nous tirer largement d'affaire.

J'accompagne notre ami jusqu'au village de Karéma. Il ne pense pas reprendre la Station de l'Ou-Nyaniembé. Cela dépendra des événements. Le plus clair de tout cela, c'est que je puis me tenir prêt à faire mes malles.

Los travaux continuent. Nous fabriquons toujours des matoufalis et nos hommes, enfin au courant de la besogne, sont en progrès.

— La femme d'un des Askaris, ayant été puiser de l'eau à quelque distance de la Station, s' estvue enlever par quatre maraudeurs. Ce rapt audacieux, signalé du haut de la terrasse, a mis toute la colonie en rumeur. Nos hommes se sont mis immédiatement en campagne, armés jusqu'aux dents, pour revenir, le même soir, portant en triomphe la noire Sabine, précédée de la tête et du cœur d'un brigand, embrochés sur des lances. Ces hideux trophées ne nous agréent que tout juste, mais Ghan Mohamed nous conseille de ne pas intervenir dans des représailles, trop profondément entrées dans les mœurs africaines.

— Un désastre ! Pendant que nous ne pensions qu'à nos adobes, les fourmis blanches ont fait le siège de notre vin, couché cependant, à une hauteur raisonnable, sur un rayon spécial. Les murailles, cannelées de traînées d'argile, prouvent la patiente industrie de ces tenaces hyménoptères, dont il faudrait, chaque jour, anéantir les travaux. Des fourmis s'attaquerau vin, le fait peut paraître incroyable I En réalité, nous ne pourrions affirmer si c'est bien au jus de la treille qu'elles en voulaient. Mais pour

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