CHAPITRE XX
la cire et les bouchons, il n'en reste plus miette. De notre petite provision, hélas I si modeste, le seul reliquat consiste dans trois bouteilles de Champagne, encore renfermées dans une caisse.
Les autres bagages, juchés sur poteaux, n'ont pas souffert.
— En fait de nocuité, les rats Pont longtemps disputé aux fourmis de toutes les couleurs. Nous en étions fort incommodés, jusqu'au moment où nous avons pu nous procurer un couple de chats domestiques, dont la nombreuse postérité suffît à défendre nos victuailles. Sous C3 dernier rapport, il y a même excès, attendu que, les rats détruits ou émigrés, nos félins, privés de nourriture, livrent des assauts désespérés à notre garde-manger. Viande ou poisson, ils enlèvent tout, sitôt qu'on a le dos tourné, et les cuisiniers ne peuvent plus laisser traîner le moindre relief.
Il y a aussi des chats sauvages dans les bois environnants. L'un d'eux s'est introduit dans le poulailler, où il a décapité une trentaine de volailles, poules ou coqs chaponnés par Roger. Encouragé par ses premiers succès, l'amateur de cervelles est revenu à la charge. Je me suis embusqué près du théâtre de ses exploits et ai réussi, certain soir, à l'abattre d'un coup de feu, qui a fait accourir tout notre personnel, croyant à quelque nouveau meurtre.
9 juillet. — Les hangars intérieurs, regorgeant d'adobes, il est temps de reprendre la construction de la Maison Centrale, trop longtemps restée en souffrance.
Nos hommes se montrent fort perplexes. La briqueterie leur avait déjà paru si difficile I Et l'on prétond, maintenant, en faire des maçons! Autant vaudrait réclamer d'un violoniste manchot l'exécution du Carnaval de Venise !
Une députation vient m'exposer l'embarras où se trouvent les pauvres diables. Ils demandent qu'on leur fournisse, au moins, des Daouas, pour accomplir les prodiges qu'on exige d'eux. Sans l'intervention des puissances occultes, jamais ils ne s'en tireront !
— « Les vrais talismans, ai-je répondu, c'est l'attention, la volonté et la persévérance. Je serai là pour vous montrer de point en point ce qu'il faut faire, et ça ira tout seul. »
Ils n'en réclament pas moins une chèvre, dont le sang, répandu sur la première pierre, portera bonheur aux travaux et dont la chair sera utilisée, du reste, pour le repas du soir.
Pendant qu'une brigade amène les adobes à pied d'œuvre, quelques Askaris fabriquent, sur mes indications, le ciment^ simplement composé d'eau et d'argile, à défaut de calcaire. Je fais disposer les briques, plein sur joint. Des poteaux sont plantés aux angles du bâtiment, et des cordes tendues pour régler l'alignement. Enfin, j'expUque l'usage du fll aplomb et indique la manière de joindre les angles, au lieu de juxtaposer simplement un mur à un autre, comme le font les Arabes. La besogne s'organise plus aisément que je ne l'avais cru. Mes liommes sont dans le ravissement. Ils se croient désormais aptes aux métiers les plus compliqués et, le soir, mangent leur chèvre avec un légitime orgueil.
Le bruit des merveilles, réalisées hier, s'est déjà répandu. Nos maçons ont été corner leurs prouesses dans tous les villages voisins. De nombreux habitants de Karéma et de Kafissya accourent pour en juger de visu. Nous les laissons circuler librement sans armes dans la Station.
— Mohamed Biri continue à être la bête noire des Askaris. Un de ces derniers,réprimandé pour quelque infraction à nos ordres, a voulu tirer sur lui. Heureusement, le coup a raté. Le coupable a pris aussitôt la fuite. On s'est mis à sa recherche, mais sans résultat.
Le soir, il est revenu de son propre mouvement, mais seulement jusqu'à la porte du Fort, s' excusant humblement de sa tentative, dans laquelle il prétend n'être pour rien. « Le diable (Tchiétani),Ssiiain Ta hanté. » Comme on tardait quelque peu à lui rendre notre réponse, il a pris peur et s'est sauvé de nouveau. Peut-être craignait-il le sort do Makenndé. En considération de son acte de contrition, il en aurait été quitte pour une simple bastonnade. Nous ne l'avons plus revu depuis. Bon voyagé 1
19 juillet. — Notre ami Siranda est rudement éprouvé. Le feu a pris à son village qui est devenu la proie des flammes. Ce sinistre est d'autant plus à déplorer, que nous tirions de Katamba une grande partie de nos provisions. Allant au devant d'une