‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 175 sur 232 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

La distance de la Station à la résidence de Tchiata n'étant guères que de trois lieues et demi, nous y arrivons dans la matinée et dressons nos tentes au milieu du village. Lo Sultan, honteux probablement de sa conduite ambiguë à l'égard des Blancs, ne se montre pas. Cependant, nos porteurs ont mis le temps et nos avances à profit pour se saouler de Pombé. Ils réclament maintenant un doti de plus par homme et, dans la soirée, menacent de rompre leur engagement. Voilà les difficultés qui recommencent I Que je voudrais les tenir en pleine marche, maintenus dans le devoir par la crainte des brigands Certes, je ne céderais pas à leurs insolentes prétentions ! Il est plus d'une heure de l'après-midi, lorsque je parviens à lever le camp. Le visage boursouflé, et les membres encore lâches, par suite dos excès de la veille, mes Pagazis se sont arrachés avec peine de leurs foyers. Ils marchent en titubant sous leur fardeau relativement léger. Au bout de deux heures, je me voisobligé de camper près d'une mare boueuse.

L'aspect général du terrain est morne et désolé, quoique semé de nombreux accidents.

Nous ne voyons qu'arbres rabougris et tordus, arrêtés dans leur croissance par l'incendie annuel des herbes. Sans s'inquiéter de détruire des forêts entières, les naturels nettoient leurs champs en mettant lo feu à la paille et aux herbes qui, sans cet expédient, formeraient, il est vrai, des lacis inextricables. Sous l'aile des vents, la flamme dénude en quelques heures d'immenses étendues de territoire, et le sol, déjà si fécond, s'amende encore des cendres couvrant la plaine calcinée.

L'humus noirci laisse percer par intervalles le granit bleu de la seconde couche et, à l'horizon, des traînées rouges prouvent que l'élément destructeur n'a pas encore accompli son œuvre.

Mon premier soin est de m'éponger abondamment. Il faudra me refaire à la marche, après un si long séjour dans une station. Ces deux courtes étapes ont suffi pour me faire venir des ampoules aux pieds. Après avoir graissé mes bas, je prépare à tout hasard mes guêtres pour le lendemain, car il y aura à traverser des endroits maréôageux, réfractaires aux progrès de l'incendie. La guêtre en cuir est la seule qui protège contre les ronces et les herbes tranchantes. Celles en toile n'oiSrent aucune

résistance et, en cas de pluie, se trouvent hors d'usage après la première journée. Convaincu de leur insuffisance, je ne m'en étais jamais servi lors de mon précédent voyage. Je me contentais de simples bas longs, avec la culotte courte, bouclée sur le genou. En co galant équipage, rappelant celui du chevalier de Croustillac, battant les forêts vierges de la Barbade, je n'évitai point, il est vrai, entailles et écorchures, mais il n'en était ni plus ni moins qu'autrement.

Les pantoufles, elles, ne conviennent qu'à l'usage sédentaire, dans les campements et dans les stations. Rien de mieux, pai* exemple, pour reposer le pied géhenne par les chaussm^s de voyage. La question est de les choisir d'une fabrication plus solide que les nôtres. Dans tous les cas,le cuir est préférable aux étoffes, même les plus résistantes.

Pendant que je me livre à mes soins d'hygiène et de toilette, Forhan m'a fait préparer un excellent repas, composé d'un poulet gras, de riz et de patates douces.

— Départ 'à travers le Porî, à 6 1/2 heui'es du matin, et campement, vers 11 heures, à proximité d'une mare déjà à moitié desséchée par le Soleil.

Le soir, nous entendons des b2uglements plaintifs s'élever des roseaux agités.

Je me précipite avec quelques hommes et, écartant les hautes herbes, nous apercevons un jeune buffle qu'un léopard entame à belles dents.

J'épaule vivement mon fusil, mais, trompé par l'obscurité, je n'atteins que le buffle, qui n'avait plus besoin d'une balle pour mourir. Le félin royal se sauve en nous abandonnant sa proie, dont il n'avait pu dévorer qu'une partie de l'arrière-train. Cette chair nous vient d'autant plus à point que nous n'avions pu nous procurer de volailles à Kafissya.

Etape de cinq heures dans la direction du Nord-Est. Nous cheminions dans la jungle, lorsque nous nous trouvâmes nez à nez avec l' avant-garde d'une troupe d'Mricains, s' avançant sans bruit. En pareilles rencontres, le premier mouvement est de saisir son fusil et de tomber en garde.

— < Nani'Oiié? » Qui, toi? « Ra/lki. » Ami. C'était une trentaine d'hommes de Simba, se rendant à Kafissya, soi-disant

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