CHAPITRE XXI
pour y acheter de la farine. Je les trouve bien nombreux et surtout bien armés pour de paisibles fourrageurs.
A la hauteur de Katakoi, ou nous bivouaquons, j'ai tué un énorme buffle, dont la chair, partagée entre soldats et porteurs, ne tarde pas à se boucaner sur entablements de bûches, et exposée au feu.
Près d'une mare boueuse, entourée de végétation, j'ai avisé un chasseur, commodément à Taffùt sur une branche d'arbre. Muni d'une lance, pesamment emmanchée d'un bois de ^Ikouloungou, il attendait, lui aussi, les buffles, qui ne manquent jamais de venir se désaltérer, le soir, aux mêmes endroits et par les mêmes sentiers. Matadors d'un nouveau genre, les indigènes attendent que le gibier soit arrivé, sous l'arbre même d'où ils l'atteignent, sans danger, en plein dos. Il n'est pas rare de voir l'arme, dirigée verticalement, et d'un poids énorme, transpercer l'animal de part en part, sans même éveiller la défiance de ceux de ses compagnons, déjà arrivés à l'abreuxoir.
Les indigènes de Katakoi nous inspirent assez peu de confiance. Ce sont eux, en effet, qui lors do notre premier passage, avaient retenu prisonnier un de nos hommes, envoyés en fourrageurs.
D'après les renseignements postérieurs, leur principale ressource consisterait à écumer le Pori. De l'élévation où nous sommes campés, nous les voyons se rassembler par petits groupes sxu» la lisière des bois, comme dans l'intention de nous tendre quelque embuscade. Nous leur avons fait signe d'approcher, ce qu'ils ont fait d'un air assez sournois, et je leur ai abandonné la carcasse de notre buffle pour leur ôter l'envie de s'approprier quelque chose de plus précieux. Mais comme il ne faut guères compter sur la reconnaissance de l'Africain, toute la nuit nos hommes se sont relayés pour faire bonne garde.
— De Katakoi à Ougoué, encore cinq heures de marche, dans la direction de l'Est 1/4 Nord. Nous tombons sur un immense troupeau do buffles noirs, heiœeusement pris en queue.
Troublés dans leur sécurité, les lourds ruminants se relèvent d'un bond et commencent une course folle. Leur masse impo-
santé et sombre, balayant tout sur son passage, disparaît bientôt au milieu d'épais nuages de poussière.
La terre tremble à leur terrible galop, accéléré encore par nos coups de feu, et qui sillonne la jungle d'une large trouée. Il est fort heureux que nous les ayons abordés du bon côté, car nous n'aurions plus eu matière à rire de la déconvenue des soldats de Tchiata et do Kongoa, piteusement culbutés sur le chemin de la victoire.
Mais un autre danger s'avance avec une effrayante rapidité.
La prairie brûle et le vent, souflSant avec force, pousse vers nous les tourbillons de flammes et de fumé^. De l'élévation où nous nous sommes arrêtés, nous voyons s'approcher le rouge incendie.
Gomme le Chasseur de daims deFenimore Cooper,nous nous hâtons d'allumeï» les herbes les plus proches, et nous réfugions sur la partie de la jungle encore fumante.
Il n'était que temps 1
Le brasier s'arrête faute d'aliment, se divise et, nous enveloppant un instant d'un cercle féerique, poursuit sa marche impétueuse pour s'éteindre, en grésillante^ dans le premier marécage.
— Partis d'Ougoué, vers 6 heures.
La Boga de Katavi, complètement inondée lorsque nous y passâmes l'an dernier, n'est plus rafraîchie, aujourd'hui, que par quelques flaques stagnantes. Ruminants et pachydermes, pataugeant dans la plaine, en temps de Massika, ont laissé dans le sol des empreintes profondes qui, durcies par le Soleil, rendent le sentier presque impraticable.
A la première ondulation de terrain, nous nous arrêtons pour prendre quelque nourriture. Il est deux heures du matin. Eloignés de toute eau courante, nous en sommes réduits à creuser le sol pour obtenir un liquide fangeux, dont mes hommes se contentent pour cuire leur bouilUe de sorgho.
Nous nous remettons en marche pour camper, vers trois heures, près d'une petite rivière, ooulant à une couple de lieues en deçà du village d'Ohanda. De grands troupeaux de buffles, de girafes et de sangliers parcourent la plaine.
Nous avons même relevé quelques traces d'éléphants, recon-