CHAPITRE XXI
gardes. Vers 9 heures, nous approchons dans le plus profond silence, mais en nous tenant à distance respectuous3 du Borna. J'estime que, même en l'absence dos Rougas-Rougas annoncés, les villageois pourraient, à cette heure de nuit, trouver notre arrivé3 insolite et venir nous attaquer en masse.
Contourner le village à droite sarait impossible, à cause des nombreux indigènes qui dorment à la bsUe étoile sur leurs champs. Nous effectuons, sur deux points différents, le passage de la rivière, peu profonde à la vérité, maïs assez large et hérissée d*herbes épaisses, entre lesquelles, ayant de Teau jusqu'à la ceinture, nous nous frayons péniblement un chemin. Sur l'autre rive, des sangliers se lèvent précipitamment et, venant grogner tout près de nous, font mine de barrer le passage. Un coup de feu les mettrait en fuite, mais donnerait aussi l'éveil à la population hostile que nous voulons éviter. C'est à coups de lance qu'il faut les déloger de leur position.
L'un d'eux, plus obstiné que les autres, tombe frappé à mort par Forhan.
La chair des sangliers étant fort malsaine, dans cas régions où la loi de Mahomet a de si légitimes applications, nous ne nous chargeons point de ce gibier, cher aux gourmets d'Europe.
Kaloungou, heureusement dépassé, nous marchons encore ju3qu3s vers H heures de la nuit, mais l'instinct des localités, cependant si vif chez mes hommes, est cette fois complètement en défaut. Pou'fser plus loin no ferait que nous égarer davantage. Nous cherchons donc un campemant abrité, derrière un pli de terrain, allumons un feu pour nous séchor et, après avoir placé des sentinelles, nous endormons, les pieds tournés vers la flamme discrètement alimentée.
— Le lendemain, à 5 heures, la petite escorte est debout. Tout danger n'a pas disparu et il s'agit d'ailleurs do nous orienter. Au bout de deux heures, nousy parvenons, grâce à un Tongo, que je me souviens d'avoir rencontré l'annéd dernière, et qui nous remet dans la bonne voie. Cheminant depuis hier, sans avoir échangé une parole autrement qu'à voix basse, nos Askaris causent et rient avec animation, on s' applaudissant de leur adroite manœuvre. J'expédie l'un d'eux en avant pour prévenir Simba de notre arrivéa. Vers H heures, nous entrons dans le Boma. Le Sultan, qui a mis à ma disposition un de ses anciens tombée, vient
me voir et je lui explique ma situation. Il me promet de me fournir des hommes pour le lendemain.
— Lecteurs trop chatouilleux, qui vous plaignez amèrement d'une piqûi^e de mouche ou de cousin, vous ne connaissez pas l'étendue de vos félicités! Toute la nuit, j'ai été dévoré vivant par les Pappazis, affreux et gros insectes, qui abondent dans les vieilles constructions indigènes, et dont la morsure fait enfler la peau, en provoquant des démangeaisons intolérables. Je préfère encore les hyènes de l'autre soir ! Ce vieux brigand de Simba nourrit assurément à mon égard des desseins homicides.
Mais non, je le calomnie. Il vient de m'envoyer un de ses Nyamparas, qui me fournira 10 porteurs pour aller quérir nos bagages à Ohanda. Prix, 2 dotis pour lui, et un demi-doti par homme. C'est raisonnable. Seulement, ils ne pourront partir que demain.
Entretemps, Simba me fait porter deux poules et du riz, qui sont les bienvenus, et valent un doti de cotonnade à l'heureux messager. Les Pappazis ont repris en conscience leur nocturne besogne. Je n'ai pas sur le corps une place qui leur ait échappé!
— Après tant d'ennuis, il m'écheoitune agréable surprise. Le courrier de la Côte, chargé des nouvelles de Tabora, nous a croisés en route, venant par un chemin différent, et M. Ramaeckers l'a envoyé immédiatement sur mes traces. Grâce aux retards, que je maudissais tout à l'heure, je puis me délecter aux nouvelles si longtemps attendues! Trois, quatre lettres!... Voilà de la joie sur la planche pour tout un trimestre !
M. Ramaeckers m'envoie, ouverte, la lettre que lui adresse M. Van den Heuvel. Encore dans l'incertitude au sujet de mon départ, le docteur insiste plaintivement pour se voir remplacer à Tabora.
Le H juillet, il a reçu la visite de Roger, qui s'était offert à le remplacer pendant quelques mois. Mais celui-ci, comme nous le savons déjà, a fait valoir la nécessité de se ravitailler à Zanzibar et de s'y reposer quelques semaines.
Il a essayé, mais vainement, de persuader à M. Van den Heuvel qu'une prolongation de séjour dans l'Ou-Nyaniembé ne pouvait que mettre tout le monde d'accord. « Permettez à l'ami Becker, écrit le docteur exaspéré, de venir ici avec armes