‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 179 sur 232 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

ci bagages, pour commencer la chère existence contemplative dont j'ai le ventre plein !» M. Van don Heuvel réclame un sextant, un chronomètre et tous les instruments qui seraient en double à Karéma. Il demande, en outre, un Manuel du voyageur et un costume en coutil du capitaine Popelin, — son vestiaire particulier se trouvant complètement hors d'usage, — et me recommande d'emporter le plus d'outils possible, attendu que les Arabes, connaissant mes aptitudes de Foundi (forgeron) s'apprêtent à me donner de la besogne.

Tous ces objets me sont envoyés par notre chef, à l'exception de mes outils, emballés, restés à Ohanda.

Le docteur joint à son courrier une lettre à mon adresse ou il fait jésuitiquement valoir tous les avantages d'un séjour enchanteur... qu'il brûle d'abandonner : « Battez trompettes, sonnez tambours, m'écrit-il, et aiTivez en grand équipage à Tabora. C'est ici votre vraie place. Vous aimez bien les beaux tapis turcs : j'en ai deux superbes, qui couvrent mon Barza. Vous ne boudez pas à grasse cuisine : maître souverain de l'empire, dont je vous cède l'investiture, vous pourrez vous nourrir succulemment et vous engraisser à la façon d'un premier prix de Sarlabot. Pendant la sieste, vous sentirez votre épiderme doucement flatté par le zéphyr artificiel d'une feuille de bananier qu'une gracieuse enfant de l'Ou-Nyamouézi se fera gloire d'agiter sur votre front auguste. Roger m'a assuré que vous ne demanderiez pas mieux que de vous déplacer. J'écris instamment au capitaine Ramaeckers pour qu'il vous délègue ici. Seulement, ne me faites pas languir trop longtemps ! >

M. Van den Heuvel me traite en épicurien.

Je ne suis cependant rien moins qu'un sybarite, et si je désirais aller à Tabora, c'était bien pour y faire énergiquement œuvre de mon cerveau et de mes mains.

Le matariche, ou courrier, est arrivé en compagnie de 10 porteurs, envoyés par l'impatient docteur pour transporter mes bagages. Leur Kirongozi, ayant appris que ces derniers étaient restés à Ohanda, a voulu les y reprendre, mais le chef du village s'y est opposé, alléguant, avec raison, ne pouvoir les délivrer que sur mon autorisation expresse. Quoique contrarié de ce nouveau retard, je ne puis blâmer les scrupules de

l'honnête Sulîan. Aujourd'hui, dès 7 heures du matin, les porteurs sont partis avec 4 soldats de l'escorte, pour chercher mes bagages en souffrance. Le courrier, Forhan et un homme de confiance, restent seuls au village, où je les ai retenus, et dont je fais le tour en manière de passe-temps.

L'ancienne palissade a disparu pour faire place à une* ceinture de constructions, reliées par un remblai de terre argileuse et rougeâtre, que consolide une double muraille de bois. Le tout forme une enceinte continue, couronnée de créneaux et percée de meurtrières. La bête hargneuse et malfaisante n'a pas perdu de temps pour fortifier son terrier.

Il y a fête au Boma, à l'occasion d'un mariage de la haute. Le tambour bat depuis trente six heures, accompagnant la danse enragée des gens de la noce, qui n'ont pas lâché pied un seul instant. Du moment qu'il s'agit de s'amuser, l'Africain déploie une incroyable force de résistance. Ce n'est qu'au travail qu'il boude systématiquement. Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit, par suite du vacarme. Décidément, ils aiment bien le tambour par ici I Déjà, la première fois, nous avons eu l'occasion de nous en apercevoir. Pour échapper à la vermine, je me suis couché sur le Barza. Les Pappazis déroutés n'ont donné que par petits groupes. J'étais si fatigué, d'ailleurs, que j'aurais dormi dans une fourmillière, et que le sabbat, qui vient seulement de finir, n'a pu troubler mon repos.

— Les 30 hommes, rencontrés inopinément dans la jungle, s rendant à Kafissya, sont revenus, rapportant, en guise de farine, trois femmes qu'ils ont enlevéas. Je me doutais bien qu'il y avait anguille sous roche. Ce n'est pas tout à fait sans raison que les gens d'Ohanda se défient des brigands. Mais il n'y en a point qu'à Kaloungou.

Un peu après, voilà porteurs et Askaris qui débouchent, chargés de mon bagage au grand complet ! En moins de 28 heures, ils ont fait 24 lieues, quoique obligés de prendre, aux environs de Kaloungou, les mêmes précautions dont nous noifs étions si sagement avisés. Avec des gaillards de cette trompe, nous allons marcher bon train.

Aussitôt, je fais porter à Simba le présent que je lui destinais. N'ayant plus besoin de ses hommes, rien ne me retient dans cet

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