‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 180 sur 232 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

insipide séjour. Je me trompe. Il faut compter avec bs caprices du maudit vieillard. Simba est ivre. Une simple pièce d'étoffe de couleur no lui suffit plus. Forcément, je dois attendre jusqu'à demain pour reprendre de nouveau et fatigants pourparlers. Si je tenais ce particulier en rasa campagne, avec quelles délices je lui administrerais une volée de bois vert !

— Simba ne dessoûle pas. Le lendemain, ses exigences crois- S2nt avec l'ivresse. Son Nyampara en chef vient me faire part de ses dernières prétentions. Il veut ma tente, il veut mon lit, il veut ma chaise, mon revolver, que sais-je ! Entre chaque cruche de Pombé, et pendant qu'au bruit des gongs, les femmes de Kafîssya déploient leurs grâces, devant le royal ivrogne prédestiné au delirium tremens, il ajoute quelque article à sa liste. Il faut temporiser. Lorsqu'il aura cuvé scn liquide, peut-être semontrera-t-il plus raisonnable.

— C'est décidément l'époque des guerres. Dans la dii'ection du Sud, deux villages sont aux prises. D'ici, on entend distinctement les coups de feu. Le soir venu, les demandes se renouvellent absurdes, inadmissibles, entraînant de fatigants chaouris. Ma patience est soumise à une rude épreuve. Je fais demander à Simba s'il entend me dévaliser complètement. Enfin, vers 7 heures, je parviens à m'en tirer, moyennant G dotis de Satini, une pièce d'étoffe de couleur, une assiette et un vieux caleron rouge. C'est énorme, pour une petite caravane comme la mienne, d'autant plus que j*ai emporté fort peu de marchandises, à peine 216 yards !

Après m'avoir plumé sans vergogne, Simba, redevenu tout sucre et tout miel, m'accable de ses protestations d'amitié. Il offre de donner une garde d'honneur à son Frère Blanc, pour le conduire dans le bon chemin « car, ajoute-t-il, il y a beaucoup de Rougas-Rougas sur la route. » Je ne puis m'empecher de sourire. La gredinerie do cet homme a des côtés plaisants.

— « Non, non,pointd'escorte,ai-jerépondudans le style local. Nous ne sommes point des femmes pour avoir peur des brigands. Tous les Rougas-Rougas ne battent pas le pays. Il y en a d'assez réussis, à poste fixe, par exemple dans les Tombés royaux ! »

— 11 s'agit de rattraper le temps perdu. Après 5 jours do

halts forcé3, nous nous remettons en chemin vers la Nord, un peu avant 7 heures du matin, et nous campons, vers mid', près d'un Tongo, dont Teau, quoique blanche, est suffisamment potable. Afin d'éviter le village de Mounié Pambala, particulièrement monté contre les caravanes arabes et européennes, depuis les exploits d'Aniir, nous avons suivi la route, située au Nord de celle communément adoptée.

Le thermomètre centigrade accuse 34 degrés à l'ombre de ma tente. J'éprouve une satisfaction indicible à bivouaquer en plein Pori, loin des villages, soi-disant hospitaliers, où Ton n'a d'autre souci que de vous tondre à vif. Assis au milieu de feux pétillants, autour desquels s'accroupissent soldats et porteurs, fatigués, mais non abattus d'une longue traite, je fume ma pipa avec une sereine volupté. Le gibier est assez rare sur ce point. On y trouve encore des hyènes, mais elles ne s'aventurent point à fairj d^s excursions dans notre camp.

— Cinq heures. Debout et en route ! Mes nouveaux porteurs marchant admirablement. Ils n'ont cependant reçu que 4 dotis pour tout le voyage aller et retoui'.

La direction du Nord-Nord-Est inchne vers l'Est-Nord-Est. Vers lOheures, nous croisons une quinzaine d'hommes de Simba, revenant de Tchem-Tchem. Peu de temps après, nous campons dan3 le village de Karimba, dont le Sultan mo demande, comme Hongo, un doti d'étoffe. Encouragé par la facilité avec laquelle j'ai imprudemment cédé à S3S premières et modestes exigences, il revient à la charge. C'est deux, puis trois, puis quatre dotis qu'il réclame, et puis encore, de la poudre en quantité, faute de quoi nous sommes menacés d'être retenus pendant trois jours. Je lui fah répondre qu'il n'obtiendra pas une chouka déplus et que, pour ce qui est do la poudre, nous lui enverrons tant et plus, ainsi que du plomb, s'il s'avise d3 vouloir s'opposer à notre départ.

Avant do me prononcer aussi résolument, j'avais pris l'avis de mon escorte unanime à trouver exorbitantes de pareilles prétentions, (le la part d'un infime chef de bourgade dont nous ne ferions qu'une bouchée.

La menace a porté fruit. Notre départ s'effectue, avant six heures du matin, sans ombre d'opposition. Nous nous dirigeons vers le Nor.l-Nord-Est.

(Deïsiu Ue A. HtiNs.)

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