‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 182 sur 232 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

parts, les indigènei accourent vers lui pour le mettre cavalièrement à contribution. Actuellement, il est occupé à faire bâtir la maison que la Colonie allemande tout entière ira occuper à Igonda, car ici, malgré l'abondance des bananes, il est assez difficile de se procurer des vivres. M. Reichard rassemble avec assiduité une magnifique collection ethnographique, également destinée au Musée de Berlin. Il se serait volontiers livré au commerce de Tivoiro, mais la proximité de Tabora rend assez scabreuse, sinon impossible, l'exécution de ce projet. Les Arabes sont fort jaloux d'une spécialité, considérée par eux comme un privilège, et se montrent peu scrupuleux lorsqu'il s'agit de débarrasser le marché d'un concurrent étranger. A preuve M. Sergère, et la façon dont on s'y est pris poui'le renvoyer à la Côte.

C'est dans la propre maison, achetée parle baron von Scholer pour M. Reichard, que ses amis m'ont confortablement installé. Comme il nous faudra partir demain, dès l'aube, je prends congé de mes charmants hôtes, dont je réclame, à charge de revanche, les visites à Tabora.

De fait, nous allons être presque voisins, car un voyage de trois ou quatre jours ne compte guères en Afrique.

— Départ à 6 1/2 heures. Nous passons devant plusieurs petits villages et campons, vers midi, à Koi-Moina-Nyaghi. Mêmes heures de départ et d'arrivée.

A Igonda, en signe de deuil, les femmes vont barbouillées de farine, et les hommes, le fer de lance tristement incliné vers le sol. Je trouve M. Reichard fort ennuyé. A la suite de la mort récente du Sultan, des sacrifices ont eu lieu sur sa tombe. Quatre jeunes filles, assommées de coups de bâton, ont péri, quoi qu'ait fait notre ami pour empêcher cette exécution barbare. Son influence, complète en toute autre chose, se brise contre des superstitions, enracinées depuis plusieurs siècles d'ignorance et de mépris delà vie humaine.

Un Chef ne peut pas descendre, seul, au séjour des ombres. Il lui faut une suite et un état de maison. Les indigènes s'accusent même de tiédeur pour n'avoir sacrifié que quatre victimes en l'honneur de leur Sultan décédé. M. Reichard espère arriver à abolir ces horribles coutumes, qu'il n'a pu s'empêcher de flétrir hautement auprès de ses administrés volontaires.

Quant à prétendre s'y opposer, avec les moindres chances

de réussite, c*est à quoi, actuellement, il ne faut pas môme songer.

Après un pressant « au revoir » je reprends le sentier suivi en novembre dernier. Quinze lieues, à peine, nous séparent de Tabora. Je les franchis, en deux étapei, et, le 22, à midi, je serre la main du docteur Van den Heuvel, émerveillé de ma célérité.

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