CHAPITRE II
coque, il n'entre aucun clou, tous les bordages consistant en lanières cousues, laissant passer l'eau, continuellement écopée par un ou deux hommes d'équipage. Là, c'est la Détela, fort commune dans ces parageï, à la proue droite, assez semblable
e européen, et à l'arrière coupé carrément. Plus loin se balance le Bagala indou, à poupe droite élevée au-dessus dubordage et dont la proue se projette fortement sur les flots.
C'est encore le BatUi, aux deux mâts inclinés et h la haute poupe, arrivant du golfo Persique, et dont le type a été légué par
les forbans arabes. L'inflexion des mâts est obtenue par quatre haubans, dont deux, sur l'avant, se détachent quand il s'agit de virer de bord, ce qui a toujours lieu vent arrière et jamais au plus près du vent. Le noli de ces bâtiments, qui vont à Bombay, au golfe Persique, sur les côtes d'Arabie et du Somali, à Delagoa-Bay, à Madagascar, aux Gomores, aux Séchelles, etc., varie de 20 à 200 tonnes. Ils partent sans boussole par la mousson du Sud et reviennent, par le vent du Nord, chargés de dattes et de tissus précieux.
Ainsi, peu à peu, Zanzibar devient la clef de tout le commerce évoluant sm* la côte orientale de l'Afrique.
Avant le règne du Saïd Bargash, la mer baignait le pied des maisons devant lesquelles s'étend aujourd'hui un quai, d'au moins 30 mètres de profondeur, dû à son intelligente initiative. Cependant les navires ne peuvent point aborder. Ils sont obligés de stationner en rade, à 200, 300 ou 500 mètres du rivage, et chargements comme déchargements, s'opèrent au moyen de chalands et de canots.
Le télégraphe électrique relie déjà Zanzibar à Aden et au Gap de Bonne-Espérance. Le Sultan veut tout surveiller par luimême. Ses ateliers de ferronnerie et ses chantiers sont organisés sur un pied remarquable, car il a su trouver dans les rangs industrieux des Parsis et des Portugais de Goa, des ouvriers de premier ordre.
Saïd Bargash sort parfois en voiture, escorté de quelques cavaliers indous. Partout, sur son passage, la population indigène, comme les étrangers, lui font l'accueil le plus sympathique.
— L'armée saïdiale, ainsi que je l'ai dit, se compose de soldats manœuvrant à l'européenne, sous l'habile direction du commandant Mathews, ex-lieutenant de marine de S. M. Britannique. 11 y a de plus une garde particulière, composée de Persans, et un corps d'Irréguliers, ou Bachi-Bouzouks. formé de Boloutchis et d'Arabes. Les Persans se recrutent parmi les plus beaux hommes. Ce sont tous longs et maigres gaillards, aux cheveux raidos, à Tair triste et assez peu martial. Leur taille semble se voûter sous leur tunique bleu noir, et ils portent le pantalon occidental. — Comme seule fonction, ils se relèvent de garde