‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 20 sur 232 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

sur le péristyle du Palais, dont ils arpentent mélancoliquement la terrasse.

Fort originale la façon dont Arabes et Beloutchis vont tous les vendredis, au petit pas gymnastique, manifester de leur dévouement devant le palais du Sultan. Le capitaine, qui tient la tête de la colonne, se transforme soudain en chef de musique pour donner à ses hommes la mesure d'un hymne guerrier, entonné par eux à tue-tête. Le chant, rudement martelé, est d'un rhythme saccadé, marquant le pas, et accompagné au repos, par le piétinement sur place des soldats. Quant à la mélodie, j*ai cherché vainement à m'en souvenir.

Il est vrai que, sous le rapport musical, je ne suis qu'assez médiocrement organisé !

— On mesure Tannée, à Zanzibar, au moyen de deux computs différents. Le plus généralement employé, mais non le plus logique, est le comput arabe, divisé en douze mois lunaires comptant environ 355 jours et ne correspondant, par conséquent, d'aucune manière avec la marche immuable des saisons. On y détermine le premier jour de chaque mois par l'apparition d'une lune nouvelle, ou par l'expiration des trente journées attribuées au mois précédent. Ce calcul arbitraire expose à certaines irrégularités. Ainsi, il arrive souvent que des villages de la côte anticipent, ouretardent d'un jour, le mois solennellement inauguré à Zanzibar par un coup de canon tiré à bord d'un des steamers de guerre.

L'année arabe s'ouvre par le Ramazan, objet, en tout pays mahométan, d'un jeûne rigoureux, qui ne prend fin qu'après le coucher du soleil. Deux grandes fêtes musulmanes se tiennent le 1«^ de Schaoual et le 10 de Th'il Hadjah. Lorsque écheoit la première, tous les fidèles échangent dos présents, à l'instar de ce que nous faisons au jour des étrennes. La seconde est tout entière à l'avantage du peuple, chaque famille un peu aiséo abattant une pièce de bétail pour régaler les indigents.

Le comput en usage parmi les Oua-Souahilis, est l'année nautique et agricole, équivalant à notre anné3 solaire de 365 jours, mais n'ayant pas le même point de départ. On la calcule du Sikou a Mouaka, correspondant au Nairouz persan, et tombant, pour nous, vers la fin du mois d'août. Cette année se fractionne en

décades, comme sous la première République française. Le Sikou a Mouaka est un jour de grande fête, qui comportait naguère de nombreuses et singulières cérémonies. Aussitôt après le lever du Soleil, toute la population indigène allait se baigner dans la mer. Encore aujourd'hui, il se cuisine dans les huttes principales un festin auquel de nombreux amis sont conviés. A un moment donné, tous les feux sont éteints, au moyen de l'eau, et rallumés par le frottement de deux morceaux de bois sec, sans doute pour figui'er le retour périodique de la saison pluvieuse et de la saison brûlante. Jadis, aucune enquête judiciaire n'avait lieu pour les crimes commis en ce jour de liesse. Aussi en profitait-on pour jeter à la mer quelques pauvres diables de Banians, heureusement placés, aujourd'hui, sous la protection immédiate du Consulat Anglais.

Les principales saisons ont à Zanzibar des appellations génériques particulières. Ainsi les mois de décembre, janvier et février sont groupés sous le nom global de Moussimi (moussons) et comprennent le laps de temps pendant lequel souffle le Kaskaziy ou vent du Nord, lequel amène la Mdssika, ou saison des pluies, sévissant avec intensité pendant les mois de mars, avril et mai. Ceux de juin, juillet et août représentent la saison froide ou Kipoi, Les vents du Sud (Koussi) commencent à souffler en octobre et, dans les intervalles des moussons du Nord et du Sud, s'élèvent les vents d'Est et d'Ouest, désignés respectivement sous les noms de Malelezi et de Tanga Mbili (double voile).

Nous avons vu que c'est le vendredi, inaugurant la semaine arabe, qui est en honneur à Zanzibar. Le nom de Djouma comporte, en effet, dans sa brièveté dissyllabique, l'idée complexe d'assemblée solennelle tenue pour la discussion des affaires d'intérêt public. Le Djouma arabe commence le jeudi soir, après le coucher du Soleil. Or, comme les journées ont, sous cette latitude, une durée à peu près uniforme, on peut approximativement fixer leur début à 6 heures du soir. Voici, d'ailleurs, l'écart nominal des heures d'Europe avec celles de Zanzibar :

Europe : 7.8-9-10-11-12-1-2-etc. heures.

Zanzibar : 1-2-3- 4-5-6 -7-8-etc. heures.

Lorsque le Soleil se couche, un coup de canon part d'un des navires saïdiaux, stationnant en rade, et aussitôt le drapeau

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