‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 26 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

John Kii'k. Profitant d'un vœu échappé à ce dernier, relativement au prompt retour de son ancien compagnon de voyage dans le Zambèze, l'escorte d'esclaves recrutée par M. Kirk, s'était crue autorisée à ramener de force le docteur et, sur son refus, l'avait bel et bien abandonné. De toutes les marchandises, dissipées et vendues par un chef infidèle, Livingstone n'avait reçu qu'une part dérisoire. Lorsque Stanley finit par le rencontrer, à peine convalescent, au bord du Tanganika, le grand explorateur se voyait à la veille de devoir tendre la main aux indigènes.

Le choix d'une escorte est chose délicate. A défaut d'une longue pratique, il faut, autant que possible, s'entourer de soldats ayant fait partie d'expéditions antérieures et pouvant produire les meilleurs certificats. M. Gambier avait tenu à raccoler lui-même ses hommes à'Bagamoyo, ce qui lui avait occasionné de grands retards. Le capitaine Ramaeckers, pressé d'entrer en campagne, a dû se confier à Sewa, tout en se réservant la conclusion définitive de l'engagement. Nous savons malheureusement comment les Hindis s'y prennent pour avoir toujours sous la main les éléments de caravanes éventuelles. Outre les Oua-Nyamouézis, logés et nourris dans des hangars ad hoc, ces rusés recruteurs s'assurent une partie de la population locale, en se montrant très accessibles en matière de prêts. Leur caisse est toujours ouverte aux nègres libres de Zanzibar et de Bagamoyo,moyennant, toutefois, desintérêts honnêtes,bientôtgrossis. Or, la liberté même de l'emprunteur, devient ici le gage de sa solvabihté. A défaut d'argent, le nègre est la chose et l'esclave de son banquier, jusqu'au paiement intégral de ses dettes. Sewa, qui jxratique ce joli système sur une large échelle, a ainsi à sa dévotion un personnel considérable, lui devant, par homme, qui 10, qui 20, qui 30 piastres. Ces débiteurs imprudents sont enrôlés ordinairement dans les Askaris, ou soldats de l'escorte. Chacun d'eux devient l'objet d'un contrat, visé par le gouverneur arabe, contrat en vertu duquel il s'engage, pour la durée d'un an, à raison de 5 piastres ou vingt-cinq francs, environ, par mois, plus la nourriture estimée à une shouka ( 1 mètre 82) de cotonnade blanche, pour cinq jours de nourriture. Le chef de la caravane lui fait ordinairement une avance de quatre mois, sur laquelle l'usurier Hindi commence par se rembourser et dont le

reste est ordinairement dissipé en parties de plaisir à Zanzibar ou à Bagamoyo. Le solde n'est compté qu'au retour, afin, sans doute, de parer aux désertions, ce péché mignon des escortes africaines.

Le Pagazi, payé, lui, en étoffes, qu'il emporte, contenues dans le ballot qui lui est confié, et qu'il ne lui est permis, sous aucun prétexte, d'ouvrir en route, s'obtient à meilleur compte. Les Hindis lui font, en moyenne, les conditions suivantes :

PRIX d'un porteur depuis la cote jusqu'à tabora.

(Payé par THindi).

2 pièces de Satini, cotonnade ordinaire, blanche, très légère, mesurant 9 dotis (32 mètres 76 c.) et d'une valeur de

3 piastres ' . fr. 30.00

3 pièces de Kaniki, ou cotonnade bleue de Bombay, mesurant 2 dotis (7 mètres 28 c), et valant fr. 3.20 9.60

4 pièces de Ranghi, cotonnade de couleur à fi\2.50 chacune 10.00

Nourriture, pendant 3 mois, à raison de 5 dotis par mois 7.20

Total 58.80

soit la moitié de ce que coûte un soldat de l'escorte. Malheureusement, ces prix de revient, si je puis m'exprimer ainsi, nous ne les avons connus que plus tard. Le capitaine Râmaeckers, auquel Sewa a tenu la dragée haute, a fait accord avec lui à raison de 37 piastres et demi, par charge, jusqu à Tabora, alors que les Arabes n'en paient ordinairement que 20 à 25.

Mais ce minimum ne les garantit pas, comme nous, contre les vols ou disparitions de marchandises, détériorations de matériel, bris de caisses, etc. Et, en somme pour des novices, cette assurance a bien sa valeur.

Sitôt arrivé à la côte, il s'agit de répartir immédiatement les divers services. Telle brigade sera investie de celui des tentes; telle autre sera chargée de faire le bois ou l'eau. A telle autre, encore, reviendra la surveillance des ânes, du bétail, des bagages, et ainsi de suite. La réussite ou l'insuccès de toute une expédition dépend souvent de l'impulsion imprimée au début.

— Voici les renseignements que nous avons recueillis et qui

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