‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 27 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

nous forceront de déroger un peu à nos instructions de Bruxelles.

La guerre a éclaté dans Ou-Nyamiembé entre Nyoungou, chef de village pillard, auteur du meurtre de l'ingénieur anglais Penrose, et l'un de ses dignes émules. Il y aurait impossibilité ou, du moins, danger imminent, à s'engager, en ce moment, dans les terres avec une trop faible caravane. D'après les courriers, venant de l'intérieur , le Révérend Père Moine t, prêtre français delà Mission Algérienne, aurait été complètement pillé par les indigènes et forcé de se réfugier auprès de M. Cambier. Le Révérend Père Levosque, marchant dans une autre direction, aurait été tué.

D'autre part, comme nous l'avons vu, les expéditions qui se succèdent ont singulièrement fait renchérir les prix des enrôleurs. Nos Allemands ne peuvent trouver des porteurs qu'à raison de 38 piastres, jusqu'à Tabora, et encore sous la condition expresse que la charge n'excède point les 80 livres anglaises. En faisant entrer en compte les frais du Nyampara, commandant en chef des Pagazis, de ses brigadiers et du Kirongozi, ou chef de file (les premiers exonérés de toute charge), ces dépenses se trouvent encore notablement majorées. On demande jusqu'à 45 piastres jusqu'à Karéma par charge de 60 livres. Dans ces conditions, il devient préférable de ne former qu'une seule ot grande caravane, au lieu de nous fractionner, ce qui doublerait peut-être nos frais généraux d'escortes et de guides. Grâce à la demi-charge, qu'à l'imitation deStanley nous avons imposée aux Askaris, nous ne serons point obligés, pendant la première partie de la route, de nous faire suivre d'nn cortège embarrassant de porteurs. A peine en avons-nous deux cents, ce qui est presque modeste, en comparaison de l'importance de la caravane.

M. Sergère se chargera, du reste, do nous faire parvenir à Karéma tous nos gros bagages, au taux d'une piastre par livre anglaise, tous frais payés et assurance comprise. C'est également la société Sewa-Sergère qui procédera au transport de notre steamer démontable.

— Tout est réglé pour le départ. Notre escorte se compose de 198 hommes, engagés aux prix do 60 piastres par année, nourriture non comprise pour trois ans. La caravane sera fonnée en deux pelotons, sous les ordres des grands Akidas (lieutenants)

•Mounîé Pembé et Mounié Goa, soumis à l'Arabe Saïd bin Salem, bin Nassr, Akida en chef. Le premier peloton est divisé en neuf et le second en dix sections, ayant chacune leur Akida particulier.

L'avant-garde compte 46 hommes qui précéderont nos porteurs, le centre 90, et l'arrière-garde, fermant la marche, 62, y compris notre cuisinier, nommé Réhani Ouadi Keir. L'expédition allemande nous suivra de près. Ainsi nous formerons une force compacte et imposante, pouvant résister aux attaques éventuelles des corps d'indigènes belligérants, si, malgré les représentations de M. Sergère, qui parle à merveille le Ki-Souahili, ils tentaient de nous barrer le passage.

Nous serions déjà partis, si nos porteurs n'avaient insisté pour attendre jusqu'au jeudi, joui' possédant, d'après eux, des propriétés spéciales. Ne rions pas trop de leur naïve confiance. Beaucoup de nos esprits forts d'Europe ne croient-ils pas à l'influence néfaste du vendredi ?

Mohamed Biri parle déjà couramment le Ki-Souahili. Ses yeux, dont il se plaignait à Zanzibar, sont en voie de guérison. Quant à moi, je suis parfaitement remis, et résolu, pour compenser mon inaction forcée des derniers jours, à payer bravement de ma personne.

La mort d'un Père Algérien se confirme. Il aurait été tué à coups de lance. Mais on ne sait pas encore exactement s'il s'agit du Père Levesquo.

— Dans la matinée du 21 , notre chef nous réunit pour nous soumettre son plan de campagne.

Le lieutenant de Leu prendra le commandement de l'avantgardo. Il marchera en tête, décidera des haltes et des repos, choisira les lieux de campement, fera dresser les tentes, etc., etc. M. Ramaeckers se réserve le gros de la caravane et mar- * chcra au centre, avec M. De Meuse. L'arrière-garde m'échoit en partage avec quelques Askaris. Notre mission consistera à presser la marche et à protéger les traînards, sur lesquels se jettent les brigands du désert, affamés de butin. Comme M. de Leu, j'aurai à me tenir en communication suivie avec le chef.

Quoique ayant chacun notre tente séparée, nous nous réunirons aux heures des repas, qu'en sa qualité de bonne fourchette

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