CHAPITRE III
et d'ortlonnateur émérite du mess d'officiers, M. de Leu se charge de surveiller.
La partie éminemment sage et prévoyante du plan de M. Ramaeckersa trait à nos rapports futurs. Eu vo3'ageur expérimenté, notre chef estime qu'il est difficile k plusieurs Européens, vivant on commun, de s'accorder toujoiu'a : « SI dans la vie courante l'oD peut se soustraire aux ennuis, aux contradictions, aux froissements, engendrés parles déceptions, les oppositions de caractères ou les accès de mauvaise humeur, il n'en est pas di? même lorsque, rivés l'un à l'autre, on se retrouve sans cesse en
présence. Le conflit des responsabilités engendre forcément des échanges d'obser^'ations, dégénérant en reproches, voire en querelles. Cela est si vrai que la plupart du temps, les haines à bord, les plus terribles de toutes, issues des causes les plus futiles, sont inextinguibles, faute d'arrangement immédiat. Nul moyen d'échapperau travail do cristallisation bilieuse qui s'opère dans le cœur des deux hommes forcés de comprimei- leurs res-
sentiments. » M. Ramaeckers sourit à nos protestations optimistes. II nous parait impossible, en effet, partageant les mêmes périls, de voir jamais s'altérer notre fraternelle union. « C'est justement pour cela même, répond-il, que vous serez entraînés à des heurts. La fatigue et le découragement, la maladie, que saisje, Tamour propre, peuvent vous entraîner à des brouilles fâcheuses. Il faut tout admettre et tout prévoir. Voici ce que je vous propose d'inscrire dans notre code particulier de voyage : au plus léger malentendu, au moindre mot vif ou blessant, pouvant amener une altercation, on aura le droit de s'abstenir, pendant trois jours, de communications directes en dehors des besoins du service. Ce laps de temps suffit à tout homme de cœur et de bon sens pour examiner les choses sous leur véritable point de vue. Le premier momont d'irritation passé, une explication franche et loyale aura lieu et les torts seront avoués de part et d'autre. Cela fait, on se donnera la main. Croyezmoi, la précaution est bonne. Tant mieux pour nous si elle est superflue. Quant à nos rapports hiérarchiques, il reste entendu que mes seconds devront se conformer à mes décisions, quelles qu'elles soient. Je réponds de cette expédition sur mon honneur et ne compromettrai point de gaîté de cœur ma réputation. D'ailleurs, j'ai sur vous l'avantage des ans et de l'expérience. Enfin, nous sommes soldats et connaissons tous notre devoir. Si, consultant un de mes lieutenants, il m'arrive de ne point me ran;.ror de son avis, il ne faut pas qu'il puisse se considérer comme vexé .... »
Nous avons interrompu M. Ramaeckers, en l'acclamant, et solennellement promis de nous conformer à ses instructions, si pratiques et si vraiment paternelles.
— Aujourd'hui, 21 juillet, nous allons faire notre visite d'adii'u à la Mission du Saint-Esprit. Récei)tioii aussi cordiale que chaleureuse.
Cette mission, fondée il y a une vingtaine d'années par le Révérend Père Borner, paraît en pleine voie de prospérité. De construction imposante et spacieuse, elle est flanquée d'une belle église, de forges, d'ateliers de menuiserie et autres bâtiments, où de nombreux enfants, pour la plupart rachetés du l'esclavafre. reçoivent une double éducation morale et matérielle. Ses vastes plantations de cocotiers, coupées de magnifiques