‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 29 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

avenues, font radmiration des voyageurs. II y a' sept ans, un effroyable ouragan détruisit tous les cocotiei'S de Tîle de Zanzibar et de la côte de Bagamoyo. Seules, les jeunes pousses do la Mission Catholique résistèrent à la tourmente : « Vous voyez bien que le Ciel nous protège » dit le Père Bauer, en nous faisant les honneurs de son pieux Eden. Naturellement nous n'avons garde, paraphrasant la fable du chêne et du roseau, d'insinuer que la flexibilité même des dits cocotiers, entre pour de moins autant dans leur miraculeuse résistance que l'intervention céleste. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui les dits cocotiers sont grands et forts et couvrent de leur opulent ombrage une immense superficie de terrain. La Mission n'en retire pas moins de 200,000 francs par an, qui suffisent amplement à son entretien, malgré les écrasants sacrifices qu'elle s'impose. Ainsi, non seulement elle étend chaque jour en Afrique le réseau de la civilisation, mais elle ne coûte pas un sou à la vieille Euroj)e, dont elle prend à cœur de traiter royalement les plus humbles représentants.

Quand on songe aux difficultés de toute nature, aux obstacles, aux dangers mêmes, opposés par Arabes et indigènes à l'œuvre des hardis missionnaires, on est surpris des résultats obtenus par eux, en moins d'un quart de siècle.

Le Révérend Père Etienne Bauer, qui réunit en lui les types de l'apôtre et du pionnier, a sous sa direction environ six cents enfants, arrachés à la servitude. Ses Pères et lui les ont recueillis, nourris, élevés, instruits dans la religion du Christ, et surtout dans celle du travail, ce qui constitue une tâche bien plus rude encore. Le nègre, alourdi par les débiUtantes ardeurs d'un ciel de feu, est paresseux d'instinct, comme le Chinois est actif et prévoyant. Il faut le contraindre pour en obtenir une besogne suivie, et la tutelle de l'esclavage devient presque pour lui une nécessité, plutôt que de constituer une oppression arbitraire.

— « La Mission du Saint-Esprit a bien mérité de la civihsation » disons^nous à notre vénérable cicérone. — «Oui, peut-être, > répond-il, en souriant tristement, « mais au prix de quels sacrifices? Plus de vingt des nôtres, morts à la fleur de Tàge et brisés d'efforts, ont leur tombe dans le cimetière de Bagamoyo, sans compter ceux qui, n'ayant pu résister au climat, ont été renvoyés en Europe, infirmes et épuisés. »

Vingt années d'expérience ont donné à ce sagace et vaillant éducateur une connaissance approfondie des populations primitives auxquelles il s'efforce d'inculquer le sentiment de la dignité et de la responsabilité humaines.

— « Pour évangéliser ces malheureux, contînue-t-il, il n'y a d'autre moyen que de commencer par les enfants. La prédication est insuffisante aux adultes, plongés dans un état presque complet d'abrutissement et que leur instinct animal pousse à tous les vices. Elle n'a aucun accès dans ces cœurs endurcis et corrompus. Il faut l'exemple des néophytes, des familles, des villages chrétiens, et surtout des missionnaires poui* secouer leur inertie. Malgré son hostilité farouche, — nous avons été accueiUis à coups de fusil, — l'Africain subit plus qu'on ne pense le prestige de l'Homme Blanc. Nous sommes obligés d'exercer, nous-mêmes, ostensiblement, toutes sortes de métiers, afin d'entraîner nos jeunes noirs et d'entretenir leur émulation, adroitement stimulé3. Quelques-uns d'entre nous sont tailleurs, d'autres maçons, agriculteurs, forgerons, charpentiers. Chacun a ses apprentis. Et que de douces flatteries, d'encouragements, de ruses patientes pour faire marcher notre petite colonie ! Nous sommes un peu Jésuites, c'est tout dire, » ajoute le fin religieux en nous jetant un regard narquois. Et comme nous tâchons de faire bonne contenance, devant ce trait lancé à Timprovist^ : « A tous les points do vue, reprend le Père Etienne, l'œuvre que làous poursuivons n'est-elle point morale et hautement profitable à la société ? L'Evangile n'est-il pas un éblouissant flambeau pour ces athées superstitieux et idolâtres, plongés dans la nuit de l'ignorance ? Quand même nous n'amnons que le mérite de faire des travailleurs de ces sauvages ilotes, l'homme le plus détaché des croyances religieuses, qui font notre force et notre espoir, devrait reconnaître nos services. C'est dans des régions comme celle-ci qu'il faut voirie Christianisme à l'œuvre. Tout, ici, est pour nous activité, renoncement et sacrifices. C'est ce qui rend les Missions africaines si pénibles sous tous les rapports, comparativement à celles des pays où il y a déjà un culte professé et une certaine civilisation. »

Nous nous sommes incUnés sans répondre, pénétrés de respect et de sympathie pour cet éloquent défenseur de l'idée chrétienne, telle que la prêchait Jésus, l'Homme Divin. Oui, votre action est féconde, généreux et actifs missionnaires préférant

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