CHAPITRE III
Ma foi, nous avons accepté, et bien nous en a pris. Je ne me souviens pas d'avoir rien mangé d'aussi bon cœur que ce dîner, à plusieurs services, ordonné dans toutes les règles de Tart. C'est un péché si intelligent que la gourmandise qu'on peut bien le passer aux bons Pères de Bagamoyo, à supposer que le plaisir de nous bien traiter n'entrât pas seul en cause dans l'abondance archiépiscopalô de leur festin. Potage exquis, poissons délicieusement apprêtés, rôts, entrées et volailles, pâtisseries de choix, fruits, vins de France, café et chartreuse, rien n^y manquait. C'était à se croire dans un restaurant parisien de premier ordre. Je dois à la vérité de constater que nos hôtes se sont vaillamment comportés. De rudes hommes, d'ailleurs, à en juger plus encore par leurs œuvres que par leur excellent appétit !
Le soir, après avoir allumé nos cigares, nous causons longuement sous la large véranda qui entoure le bâtiment tout entier de la Mission, et se répète à l'étage sous forme de galerie couverte. Quoiqu'il y ait bien longtemps que le Père Bauer ait quitté la France, il est demeuré patriote dans l'âme. Il nous donne sur le centre de l'Afrique des renseignements précis et des avis pleins de sagesse. C'est avec peine que nous nous arrachons à cette agréable société, en promettant de renouveler la visite à notre retour si retour il y a I