CHAPITRE IV
préféré. Serrés entre trois fortes branches réunies à leurs extrémités et maintenues encore par des liens croisés, ces ballots se portent assez aisément. Leur manche, si je puis m'exprimer ainsi, sert à les faire virer d'une épaule à l'autre, à les reposer sur le sol pendant les haltes de courte durée et à les former on faisceaux d'étape en étape. Il serait absolument inutile de s'ingénier à chercher des modes de transport plus commodes ou plus rationnels. On ne les ferait jamais accepter des Pagazis. Ceux-ci, par tradition et, depuis des générations éloignées, sont habitués à leur système, d'ailleurs excellent, et n'en changeraient à aucun prix.
Voici comment l'on organise ce service. Tous les colis emballés, et recouverts d'une natte, par les soins de l'Arabe chargé des marchandises, sont étalés dans la maison affectée aux chefs de caravane. Les porteurs, introduits par petits groupes sous la conduite des Nyamparas, élus par les hommes des différents villages de l'Ou-Nyamouézi et de l'Ou-Soukouma qui fournissent la majorité des Pagazis, choisissent les colis d'après la hiérarchie locale. Ces Nyamparas prélèvent un droit de courtage sur les hommes des groupes qu'ils commandent respectivement. Ils sont, de plus, déchargés de la plupart des corvées imposées à leurs hommes. Non seulement on leur construit leurs huttes, à l'arrivée dans un campement, mais leurs brigades respectives sont tenues à leur faire leur eau et leur paille.
Le Kirongozi, ou chef de file a droit au premier choix, mais .iln*en profite que pour s'emparer du plus gros -Mj/^o (colis). Los ^Nyamparas viennent ensuite, et les Pagazis se distribuent le reste, suivant leurs goûts et leurs forces respectives.
Les ballots d'étoffes ou Mitoumbas sont les plus disputés, car le porteur n'ignore pas que c'est à eux que la caravane fera les brèches les plus fréquentes et les plus journalières. Une grande partie de cotonnades se dépense en route, soit pour l'achat de nourriture, soit pour acquitter le Hongo, tribut exigé par les chefs de l'intérieur, pour autoriser le passage ou le campement sur leur territoire. Il s'ensuit que le Pagazi, chargé de la marchandise-monnaie, a chance de se voir exonéré à un moment donné d'une partie de son premier fardeau, tandis que les caisses de munitions de guerre et de chasse, d'ustensiles et d'instruments, d'objets de campement, etc., restent à peu près intactes.
Après les ballots d'étoffes, ce qu'ils préfèrent toujours, parce qu'on les sème sur son paixours, ce sont les perles, contenues dans des sacs de toile recouverts d'une peau de chèvre ou de bœuf, fraîchement écorchée, qui se resserre, en séchant, et se plie à tous les formats, étroits, ventrus, etc. Ces peaux, quoique non tannées, ne se gâtent pas et constitueraient certainement le principal mode d'emballage si elles no faisaient pas souvent défaut. Les rouleaux de fil de cuivre, de laiton et les barils do poudre se partagent encore les préférences. Les tentes, les lits, les caisses de tôle jouissent d'une faveur moindre. Quant aux colis de grandes dimensions, nécessitant l'emploi de deux porteurs, on est forcé de les imposer. Inutile do dire que le numérotage et l'inventaire dos caisses et dos ballots sont indispensables.
Les fils de fer, de cuivre rouge ou do laiton sa divisent en deux paquets que le Pagazi attache aux extrémités d'un rotin plat ou d'une branche de palmier, reposant sur l'épaule. Tel, le Picoulan employé par les indigènes de l'île de Java. Lorsqu'il se sent l'épaule gourde ou endolorie, le porteur, tout en continuant sa marche, se courbe et fait virer, par derrière, son rotin sur l'autre épaule. Les perles se portent de la même façon et la poudre est contenue dans des tonnelets du poids de dix livres, des Pipas, comme disent les indigènes, qui ont probablement emprunté ce terme aux Portugais. Cinq pipes superposées, maintenues au moyen de nattes et de branches réunies, comme nous l'avons vu, aux extrémités, forment la charge ordinaire d'un homme et se portent sur l'épaide. Ceux qui n'en ont que trois y joignent, comme appoint, des feuilles de plomb servant à la fonte des balles.
— Caisses, malles et ballots sont étendus devant notre porte et nos hommes ont fait leur choix. Impassibles sous leurs nouveaux harnais, les six roussins achetés à Zanzibar, semblent se demander, à part eux, la cause de ce tapage insolite, car nos fanfariseurs vont toujours leur train. Enfin, à midi juste, attaquant le taureau par les cornes, c'est-à-dire le Soleil par ses plus chauds rayons, nous nous disposons au départ. Par exemple, nous avons pris la liberté do mettre à la réforme les casques à moelle de suroau, dont on nous avait pourvus à Bruxelles. Je ne sais pas comment les voyageurs anglais ont le crâne condi-