‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 36 sur 232 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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Au bout de trois nouvelles heures de marche, — il on est cinq, — noua atteignons Bighiro (épines) petit bourg, composé de quelques huttes grossières, couvertes en chaume et non entourées do palissades comme les villages guerriers du l'intérieur. Justement le chef vient de mourir, et nous pouvons entendre les lamentations des femmes, qui se rassemblent à

Cactus a Bianuto

certaines heures pour pleurer, de compagnie, dans la hutte du défunt.

' Nulle localité n'a mieux mérite son nom Le sol y est hérissé d'épines quadrangulaires et pyramidales qui s'enfoncent dans les pieds, cependant tannée de nos hommes, comme des aiguilles dans une pelote. Nos fortes chaussures nous défendent heureusement, et c'est ici quo nous planterons, pour la première fois, nos tentes.

La troupe fait halte et procède à ses préparatifs. Nos regards . surpris s'arrêtent sur Fétrange spectacle qui, désoi*mais, se renouvellera à chaque nouvelle étape.

Soldats et porteurs, nous laissant établir nos. abris de toile, suffisants en cette saison, forment autour d'eux et de nos bagages un cercle de huttes improvisées que nous voyons s'élever comme par enchantement. Trois longues branches, disposées en faisceau, autour desquelles d'autres viennent se relier, en suivant Is^ circonférence, sont imies entre elles par des cordes, des lianes, des écorces d'arbres, de la paille tressée ou toute autre matière végétale un peu souple. Cette charpente rustique est ensuite feutrée d'herbes et de feuillage, en commençant par le bas. En moins d'une heure notre camp présente l'aspect le plus pittoresque.

Les feux s'allument et les marmitons noirs, requis par notre cuisinier en chef, ou s'ofi&^ant dans l'espoir d'une portion plus abondante, remuent dévotement, au moyen de larges cuillers en bois, la farine de sorgho, mélangée d'eau, qui bout dans des marmites cylindriques de cuivre, ou dans des pots de terre, calés au moyen de trois cailloux. Cette bouillie constituera, à peu de chose près, leur aliment de tous les jours, nourriture saine, digestive et admirablement appropriée à la race et au climat.

Notre cuisine, à nous, est un peu moins rudimentaire, quoique bien loin, hélas ! du menu de la Mission du Saint-Esprit !

Le dîner apporté froid de Bagamoyo,est simplement réchauffé.

11 se compose de riz au carrv et de volailles, d'une boîte de sardines, de biscuit de mer et d'une bouteille de bordeaux. Ce dernier extra ne se renouvellera pas souvent, attendu que notre cave portative se compose modestement de 150 bouteilles, à répartir, pour trois ans, entre quatre convives !

Simba lait largement honneur à nos reliefs.

— La plupai't de nos Askaris, en dépit de leurs proipesses, ont profité des ombres du soir pour faire une fugue à Bagamoyo. Le cas était prévu. On nous l'avait donné comme inévitable. L'Africain a beaucoup de peine à se séparer des siens et il n'y a engagement qui tienne contre les cuisants regrets des premiers jours. A peine en route, le souvenir de sa femme, de ses enfants, — s'il n'est pas accompagné de sa famille, — de

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