CHAPITRE V
tion. Mais à tout il faut préférer le veston danois, en cuir de chevreau, doublé de flanelle.
— Ce n'est qu'au coucher du Soleil que nous arrivons, exténués et rendus, à un lieu de campement quelque peu convenahle. — Détail insignifiant peut-être : mon podomètre indique que nous n'avons pas fait moins de 39,000 pas dans la journée, ce qui, sous ces latitudes, ne laisse pas que de sembler assez raisonnable.
Nos traînards ont été plui nombreux que de coutume. Les Askaris, bien que favorisés des petites charges de 20 à 25 livres, sont loin de résister à la fatigue comme les porteurs Oua-Nyamouézis qui balancent allègrement sur leurs robustes épaules des poids de 40 kilogrammes et marchent sans broncher. Ce sont de la part de nos soldats d'incessants murmures, dos plaintes et des réclamations qui provoquent, sinon une rébellion déclarée, du moins une opposition inerte aux ordres les plus pressants. Quelle misère d'avoir à ébranler de pareils troupeaux!
Le roulement lointain du tambour annonçant l'arrivée à l'étape me soulage d'un grand poids. Enfin !
— Lorsquej'arrive vers 6 heures, avec mon arrière-garde, je trouve le camp installé dans le petit village de Msoua, situé au bord de la rivière de ce nom. Le Sultan — les moindres chefs de l'intérieur prennent ce titre retentissant, répudié pour cette dernière cause parSaïd Bargash — le Sultan, dis-je, est un bon vieillard qui nous souhaite cordialement la bienvenue: « Ya^nbo Boina .^» Salut, maitre ! Sa barbe entière et ses cheveux grisonnants font un singulier efiet sur cette tôte d'un noir brun, à nez aplati, à grosses lèvres et relové par un regard encore vif.Un pagne huilé lui ceint la taille. Deux de ses lieutenants l'accompagnent, portant des instruments aratoires. Le Sultan revient justement do ses plantations de bananiers, au moment où l'arrière-garde fait son entrée par la porte étroite du village protégé par une simple palissade.
Ce n'est pas la première fois que le vieux Chef a l'occasion de parler avec des blancs, qu'il déclare aimer beaucoup. — J'espère que ce n'est pasà la façon des Oua-Sigouas? — Gardant toujours sur l'épaule sa hachette de travail, il nous tond cordialement la main restée libre que nous nous empressons de serrer avec non moins d'empressement.
Une petite caravane arabe, chargée d'ivoire, nous a précédés, ce qui nous met un peu à l'étroit. Néanmoins on s'arrange, le Sultan mettant à notre disposition une grande hutte vide, sous l'auvent de laquelle on fera la cuisine.
Le chef de la caravane, un vieil arabe sec et aux allures déterminées, se présente à nous. Il a passé par Condoa, oii le capitaine de marine Bloyet se trouve avec les 16 Beloutchis de l'escorte de M. Sergère.
Après le minutieux et long cérémonial des salutations, la conversation s'engage et nous échangeons les nouvelles, nous, de la côte et lui, de l'intérieur. M. Blovet est en ce moment fort souffrant d'une fièvre persistante, et l'on a pu craindre poui* ses jours. Encore maintenant il y a des complications à redouter. Notre visiteur nous engage à presser notre marche et nous nous quittons les meilleurs amis du monde.
— La prédiction de M. Sergère commencerait-elle à se réaliser? J'ai admiré ici déjeunes négresses réellement jolies, et de formes attrayantes. Leur nudité, presque complète, permet d'admirer leui^ épaules rondes et élégantes, leur poitrine ferme, non comprimée par l'usage du pagne, comme chez les femmes de la côte, et leurs bras d'mi moule exquis.
Elles portent Icui^s épaisses chevelures d'un noir de jais, disposées, comme en gradins d'amphithéâtre, sur le haut de la tête. C'est une chose caractéristique, d'ailleurs, que le soin apporté par la plupart des Africaines à l'entretien de leur coiffure. Elles en remontreraient, sur ce point, à nos petites maîtresses, — celles bien entendu qui ont de vrais cheveux. — Peu farouches, mais cependant réservées, nos brunes Nausicaas nous demandent timidement la permission de passer la main sur notre peau, mais se retirent en bon ordre lorsque nous voulons user de réciprocité à leur égard.
Le fétiche du village, un simple tronc d'arbre, se trouve par hasard sous ma tente. Le Sultan me recommande d'en avoir grand soin, me prédisant que cela me portera bonheur. Je n'aurai garde naturellement de blesser dans ses naïves superstitions l'excellent Jiomme, si plein de prévenances pour ses hôtes étrangers. Quoique nous nous soyons déjà suffisamment approvisionnés dans la bourgade, il nous fait présent de quelques bois-