‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 49 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

soaux de maïs, de trois régimes de bananes et d'un vieux coq. Pour ne pas être en rest^ do politesse, nous lui offrons un coupon de cotonnade à grands ramages et du fll de laiton pour mesdames ses épouses, au nombre modeste de quatre.

— Après des étapes, souvent écrasantes, les sièges à dossier deviennent d'une nécessité absolue. N'emporter que de simples pliants serait se condamner à un supplice de tous les jours. Les sièges achetés par nous à Paris, au Bazar de Campement, sont suffisants, bien qu'un peu plus de solidité ne leur ferait pas de mal. Nos tables, soi-disant anglaises, de même provenance, ne laissent à désirer que sous un seul point do vue. Elles demandent trop de temps à monter et à démonter. Une simple table à support, en X, se repliant d'une pièce, avec la feuille supérieure, serait préférable.

— Nous passons toute la journée du lendemain h Msoua pour nous reposer des fatigues de la veille. La population se montre fort discrète à notre égard et se contente de nous admirer de loin. Nos visiteuses delà veille reviennent avec le Sultan. Je m'explique à présent leur prompte retraite d'hier soir. Ce sont les propres femmes du Chef et, pour nous faire honneur, elles se sont déjà parées de l^urs bracelets de laiton. Un peu plus de témérité et nous nous attirions une mauvaise affaire !

Le temps s'est remis et nous en profitons pour parcourir le village, composé de huttes rondes, en torchis, surmontées d'un toit conique en chaume, sans ouverture pour la fumée. Les hommes sont aux champs. Nous ne rencontrons que quelques vieillards et des enfants qui nous suivent avec curiosité. L'escorte, après s'être pourvue de vivres, procède à la décortication du riz et à la réduction en farine du sorgho. La première opération se fait dans de grands mortiers en bois et au moyen d'un pilon de même matière. Puis, le riz est vanné avec le plus grand soin. Quant au sorgho, on Técrase entre deux pierres, dont l'une stable et inclinée, placée généralement sous les auvents des habitations, et l'autre, plus petite, mue à deux mains. La farine est recueillie dans un panier à tissu serré. A défaut de femmes en nombre suffisant, nos soldats s'acquittent, non sans murmure,de ces fonctions peu martiales. En effet, huit

Akîdas, seulement, ont amené leurs épouses qui se bornent à faire la cuisine de leurs pelotons respectifs.

-i- Le 30 juillet, de grand matin, nous quittons Msoua, après avoir serré la main du bon Chef et présenté nos respectueux hommages à son harem. La caravane arabe est partie hier, eu se chargeant de nos lettres pour Zanzibar. Quinze de nos hommes manquent à l'appel.

Nous nous dirigeons sur Kisémo en traversant un épais fouiTé d'arbres, de ronces et de lianes. Des racines noueuses embarrassent la marche de nos hommes qui ont le visage fouetté par les i branches enchevêtrées et laissent aux buissons plus d'un lambeau de leurs pagnes. Encore détrempé par la pluie de l'avant-veille, le chemin tortueux est ardu et glissant. Beaucoup de nos hommes se plaignent de coliques et paraissent réollenient malades. Quelques gouttes d'une fiole do laudanum que je porte toujours sur moi déterminent un soulagement immédiat. Tour à tour, ils viennent la main tendue, recueillir le précieux élixir, qu ils lèchent avidement. En reconnaissance, ils se montrent un peu plus dociles qu'au début.

— A Kisémo, grande fête agricole à laquelle nos Askaris se joignent avec empressement. Toute la population est accroupie devant les cases, prenant son plaisir d'une façon presque apathique qui contraste avec la turbulence de l'escorte.

De grandes jarres contiennent le breuvage favori des peuplades africaines. Chacun y puise au moyen d'une écuelle et le Pombé, coulant à flot, ne tarde pas à échauffer les têtes. Mais nul conflit ne s'élève entre nos hommes et les indigènes. Cependant les nègres de Zanzibar et de Bagamoyo ne doivent pas être ici en odeur de sainteté. En effet, trop souvent ils se sont associés aux Arabes pour l'asservissement de ces tribus, autrefois indépendantes, et ont joué un rôle actif dans la chasse à l'homme, comme pourvoyeurs d'esclaves pour les marchés de la Mer des Indes. Mais grâce aux mesures consenties par Saïd Bargash, d'hostiles à toute caravane, les peuplades de cette région sont si bien réconcihées aujourd'hui que le Pombé a été offert gratuitement à notre escorte qui, du reste, en use avec modération.

Le lendemain, 31 juillet, vers 6 heures, départ pour Mada-

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