‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 5 sur 232 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Adieux! — Lecapitanie Ramaeckers, le lieutenant Albert de Lcu et M. Ro}»crt De Meuse. — Auto-peinture. — Alca jacfa cM. — A toute vapeur. — Paris, • Brindist, Suez, la Mer Rouge. — Le Ceylon et le Surat. — En vue d'Adcn. — , Bcer dive! — M. Ledoulz, consul de France pour la Côte Orientale Africaine. —Tangage. — L'Ile de Zanzibar. — Oungoudia. — U'acht wat ! — La Compagnie Sewa-Sergère. — Chez M. Oreffulhe. — Carpe dicm ! — Le Settlement étranger. — John Kirk. — Férouzi, Abdallah, Brahimo et Dainio. — Nos boys. — Les odeon de Zanzibar. — Requin séché. — Les habitations arabes. — > Native tawn.

. Le 4 juin 1880, vers uno heure quinze de raprès-midi, les membres de la 3* Expédition, envoyée vers le Tanganika par VAssùciation Internationale Africaine, placée sous le liaut patronage de S. M. le Roi des Belges, se rencontraient à Bruxelles, dans la gare du Midi. Nous étions quatre, chargés "d'aller relever le capitaine Gambier du poste occupé par lui à Karéma : MM. Ramaeckers, capitaine du génie, chef de rexpédition, Albert de Leu et Jérôme Becker, lieutenants d'artillerie, et Robert De Meuse, artiste photographe, détaché de rinstitut cartographique militaire belge.

Le colenel Strauch, s3crétaire général de T Association, et son sous-secrétaire, le capitaine d'état-major Thys, avaient tenu à nous faire leurs cordiaux adieux. Bien que lé métier de soldat et l'absorbant amour de la science aient pour résultat d'aguerrir le cœur contre toute éventualité, nous avions peine

à contenir notre émotion. Les yeux évitaient de se rencontrer pour ne point trahir des appréhensions assez légitimes. En effet, cette séparation, limitée à trois années, pouvait devenir éternelle. Que d'explorateurs hardis, de natures de fer, le gouffre africain n'avait-il pas déjà dévorés depuis que l'Europe scientifique s'était pi*omis d'en sonder les mystérieuses sohtudes? Sur les voies tracées par nos prédécesseurs, que d'Inconnu encore, que de redoutables problèmes à résoudre, au jour le jour! Bien que préparés par l'étude des travaux relatifs à l'Afrique Centrale, investis d'un mandat rigoureux et défini, nous ne nous dissimulions pas les dangers de notre mission. Oui, je peux bien le dire, sans fausse modestie, nous avions fait d'avance le sacrifice de notre existence, d'autant plus déterminés, cependant, à la disputer jusqu'au dernier souffle.

Mais quel horizon assombri ne laisse point filtrer un rayon d'espérance ? Là où d'autres avaient triomphé, nous avions le droit de croire en l'avenir. D'ailleurs, n'avions-nous pas choisi nous-mêmes notre sort ? Aléa jacta est ! Si on nous eût offert l'occasion de revenir sur notre résolution, pas un, certes, n'en eût usé pour se soustraire au devoir librement consenti.

— Profitons des quelques minutes qui nous restent pour présenter aux lecteurs les quatre membres de la 3® Expédition belge en Afrique.

Notre chef, le capitaine du génie Jules Ramaeckers, aide de camp du général Brialmont, n'en était pas, en fait de voyages, à son coup d'essai. Il avait déjà été envoyé, par S. M. le Roi des Belges, en mission particulière à Tripoli et avait parcouru tout le nord de l'Afrique jusqu'à Mourzouk. Officier distingué, (loué de vastes connaissances et d'un jugement sûr et droit, il alliait une douceur et une amabilité exquises à la plus indomptable énergie. Chez lui la prudence égalait l'intrépidité. Toujoui»s calme, toujours souriant, à la fois prudent et téméraire, selon les circonstances, c'était bien l'homme qu'il fallait pour nous guider sur la terre africaine. On pouvait être certain qu'il ne se laisserait point entraîner par la passion et ne prendrait aucune résolution sans l'avoir mûrement pesée. Une seule phrase typera cette organisation exceptionnelle : homme de guerre, doublé d'un profond diplomate, c'était en même temps un ingénieur capable, renforcé d'un économiste d'ordre supérieur.

E J|;LE« RAUikECKERS.

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