CHAPITRE VI
Msaza. — Les désertions continuent. — Première apparition de girafes. — Projet de Mission . — Coton sauvage. — Poudre aux moineaux. — La f^astonnade. -* Un albinos errant. — Rocs et vallées. — Herbes géantes.
— Kiros9a. — Manges par les lions ! — Moalé. — Les dangers du mau- Tais œil. — Hérédité féminine. — Une Sultane. — Galanterie... piquante de M. Sergère. — L*Homme Blanc a beaucoup de richesses! — Ce qui
.tombe au fossé est au soldat. — Honnêteté africaine. — Triste journée. — Simbamoiténi et YOun-Ghèrenghérë, — Chassés par le feu. — Camp» et bivouacs. — La grande nature africaine. — Les lions. — Terrib'es nouvelles !
— Massacre, par les troupes de Miramlx), de Carier et de Cadenhead. — Le ' capitaine Cambier en danger. — M. Popelin se porte au secours de Burdo
et de Roger. — Conseil de guerre. — Nos hommes marcheront ! — La MakcUa. — Un pont de singes. «— Tout im village décimé par la fièvre. — Défi à la mort. — Laudanum. — Malaise croissant. — Gombéi^enga , — En route! — Démoralisation. — Prescriptions médicales. — A Koi-Forhani. — Trop de zèle. — Altercation de Bamboula avec Daimo. — Revolver confisqué. — Les Beloutchis de M. Sergère. ~ Station française de Cotidoa, — Le capitaine Bloyet. — Un rude homme. — MM. Kamacckers et de Leu ont la fièvre 1 — Le remède. — Halte forcée!
• Le 3 août, nous établissons notre camp à Msaza, (listant de quatre lieues, seulement, de Madagori. Quinze soldats, encore, ont disparu.
Le pays devient de plus en plus accidenté. Nous avons gravi de pittoresques collines, abondamment boisées, et descendu dans des torrents laissés à sec par les dernières pluies. Partout la végétation est luxuriante, mais déjà roussie aux feux du Soleil. Pour la première fois nous voyons des girafes, mais hors do portée de fusil ; sans cela nous n'aurions pas résisté au plaisir d'en abattre quelqu'une. Ces gracieux animaux se nourrissent des feuilles les plus délicates de Tacacia horrida, derrière lequel elles semblent se dissimuler.
C'est à Msaza que la Mission do Bagamoyo se propose d'établir une nouvelle station religieuse. Quoique le terrain y soit d'une grande fertilité, les Pères du Saint-Esprit comptent moins sur un résultat matériel satisfaisant que sur un notable accroissement de leur sphère d'action. Malgré les postas établis par le Sultan
de Zanzibar, pour empêcher la traite, les caravanes d'esclaves rojnpent constamment le cordon de surveillance. Or, les Pères voient la possibilité d'acquérir à bas prix, pour les émanciper, force enfants gênant la marche des pourvoyeurs. Ainsi, de jour en jour, la civilisation pénètre en Afrique d'un3 manière lanle mais continue, secondée, qui le croirait, par l'esclavage même !
— ' Le 4 août, nous partons dès l'aube pour profiter de la fraicheur du matin.
Neuf hommes manquent de nouveau à l'appel, mais notre chef de caravane nous répète qu'il n'y a pas lieu de s'étonner. Il en est toujours ainsi. Très consolant !
Vers onze heures nous sommes à Sagati, où le coton croît abondamment à l'état sauvage, sans que les indigènes connaiss.nit le moyen de le tisser ou se soucient de l'employer.
Nos observations indiquent que nous nous trouvons à 300 mètres au-dessus du niveau de la mer. La température moyenne est environ, ici, de 30 degrés centigrades, à l'ombre, mais il n'est pas rare que, vers deux heures de l'après-midi, elle accuse 35 à 38 degrés.
— Comme à Kisémo, tout le village célèbre la fête de la moisson. L'antique Cérès semble avoir étendu ses pompes jusqu'ici, mais l'Africain ingrat, tremblant devant les génies malfaisants, ne remercie aucune divinité de ses richesses agricoles. L'abondance n'est pour lui qu'un prétexte à orgies. Nos soldats sont invités à prendre part aux libations de Pombé et s'enivrent,cette fois, sans vergogne. Demain, ils ne vaudi'ont rien pour la marche et il faudra camper ici un jour de plus. Le soir, dans leur enthousiasme bachique, ils s'avisent de gâcher nos cartouclies. Malgré la défense de M. Ramaeckers, des coups de iusil éclatent de toutes parts, à la grande joie des indigènes. Il faut sévir, pour jiréserver jios munitions d'un prompt épuisement. Le premier Askari,pris en flagrant délit pyrotechnique, reçoit la bastonnade. Quelques rudes coups, appliqués à propos, rétablissent l'ordre et la tranquilUté. Cet acte de rigueur ne fait qu'ajouter, du reste, aux plaisirs de l'escorte, qui salue en riant aux éclats, les contorsions arrachées, plutôt par la honte que par la douleur, à leur malheureux camarade.