‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 52 sur 232 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

— Comme nous l'avions prévu, impossible de lever leTjsinip.

Nos Askaris cuvent leur Pombé et la plupart sont encore/ le

matin, en complet état crivresse. .•'

Nous avons vu un albinos, né clans le pays, mais qui, mis en interdit, comme nos anciens lépreux, erre par les campagnes, farouche et maladif, et fuyant la société, d'ailleurs hostile, des hommes de sa tribu. Il a le teint blanc, mais ses cheveux crépus trahissent son origine nègre. Les yeux, d'un rouge vif, supportent difficilement la lumière. Nous avons voulu nous approcher de ce malheureux, mais il s'est réfugié dans les bois comme uno bête sauvage devant le chasseur.

— • Le 6 août, départ à sept heures et demie du matin. L*absence de douze nouveaux déserteurs, vainement recherchés aux environs, nous a fortement mis en retard.

Nous traversons une l'égion fortement accidentés).. A chaque instant, des rochers presque à pic se dressent devant nous. Puis ce sont des valléss profondes, dont l3s herb3s colossales atteignent jusqu'à 5 ou 6 mètres de hauteur. De nombreux lions habitent ces jungles meurtrières et nous en avons fait lever quatre ou cinq, heureusement d'humeur timide.

Vers 11 heures, nous atteignons Kirossa où la route de Dares Salam (sud de Bagamoyo), suivie par Carier, avec l'expédition dite des éléphants (i), rejoint le chemin venant de Bagamoyo même. Nous voulons camper dans ces parages, mais nos hommes manifestent la plus grande répugnance à nous obéir. Une précédente caravane a eu, à ce qu'ils affirment, deux hommes mangés par les lions. Pas plus que les Askaris nous ne nous soucions de tenter l'aventure, bien que la férocité du roi des animaux ait grandement baissé dans notre estime. Ce n'est guère que devenu vieux, et incapable de poursuivre le gibier h la course, que

(1) Le capitaine Carter, ex-consul britannique à Bagdad, a été charg<5, en i879, par S. M. le Roi des Belges, de la conduite de quatre éléphants indous, dressés à la capture et au dressage des éléphants à Tétat libre. Deux des monstrueux pacliydcrmes ont succombé aux privations et aux fatigues du Toyage. Nous nous attendons à trouver M. Carier à Karéma avec ses deux éléphants sanrivants, (6 août 1880.)

le Siïriba se rapproche des endroits habités pour dérober quelque

j4j^çe de bétaih • \ La marche, reprise de grand cœur, cette fois, devient plus • '.-aisée. Les épines bordant la route, et qui nous avaient valu ■•/ maintes égratignures, disparaissent peu à peu. A la montagne

succède la plaine.

Près de Moalé, où nous campons peu après, nous apercevons les restes d'un bûcher et les ossements calcinés de deux sorciers, brûlés vifs pour «rozr laissé mourir le Sultan indigène. Les femmes du village s'appliquent à pleurer réglementairement le défunt. Leurs gémissements,, commencés presque en riant, deviennent des plaintes déchirantes, au fur et à mesure que les lamentations s'élèvent. Nous voyons sortir les noires pleureuses d 3 la case mortuaire, les yeux baignés de larmes et dans un état complet d'abattement.

Ici, lorsqu'un Sultan meurt, c'est presque toujours sa sœur aînée qui lui succède, à charge de léguer, à son tour, le pouvoir à son propre fils aîné. Cette coutume, assez générale dans le pays, a sa raison d'être. La communauté des femmes, d'institution primitive, a laissé des traditions durables en Afrique. Quoique l'adultère y soit puni de mort, les absences des chefs, partis en chasse ou en guerre, peuvent laisser planer des soupçons sur la fidélité de leurs épouses, exposées, d'ailleurs, aux violences des tribus voisines. Il s'en suit que la parenté et les (boits s'y rattachant, courent moins de risques de s'égarer dans la ligne féminine que dans la hgne masculine.

Nous sommes reçus à merveille par la Sultane, sœur du Chef dont on célèbre les funérailles. C'est une grosse dondon, assez appétissante et qui ne me paraît rien moins que... sauvage. M. Sergère se montre fort aimable et, malgré son deuil récent, sa Hautesse mauricaude répond chaleureusement à ses avances. Elle lui ofii'e gracieusement une chèvre et deux poulets, en retour desquels il lui donne, en grande pompe, un cornet de poivre et deux dotis de cotonnade (7™20). La cotonnade, je comprends cela, attendu que la dite Sultane est assez sommairement vêtue. Mais ce poivre me fait rêver!

— Comme les comédiens en voyage, nous avions dressé la liste

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