CHAPITRE VI
détaillée de tous les objets contenus dans nos malles et dans nos ballots, marqués d'un numéro d'ordre. De la sorte, croyionsnous, il devrait être facile de mettre immédiatement la main sur l'article désiré. Ici les étoffes, là les perles, les fils de laiton, los eonserves, la pharmacie, les vêtements de rechange, etc. Assez exigeante, au début, nous n'avons pas tardé à préférer nous passer de beaucoup <lo choses pour éviter Téncrvement et la fatigue véritables entraînés par de fréquents déballages. Nous n'y recoui-ons plus qu'au cas d'absolue nécessité, et alors c'est un remue-ménage à faire quitter la partie. Les gens de l'escorte, dérangés dans leui*s occupations ou dans leur repos, s'exécutent de mauvaise grâce. Parfois la caisse ou le ballot demandé se trouve enfoui sous une montagne de bagages. Et puis, nous ne pensons pas qu'il soit très prudent de tenter, à tout moment, la convoitise de pauvres diables, éblouis à l'aspect de richesses, pour eux féeriques, et qu'ils nous supposent à même de remplacer à volonté. Mzoungou ana malt minghi niinghi. « L'Homme Blanc a beaucoup de richesses ». Mkarimou, moyo yaké mouénia, pourraient-ils se dire. « Il est généreux, son cœur est bon. Un peu de son superflu nous mettrait à l'aise pour le restant rie nos jours et nous pourrions retourner vivre tranquillement à Zanzibar ou à Bagamoyo, ces séjours de la prospérité et des plaisirs. Qui sait s'il s'apercevrait même d'un léger emprunt ? D'ailleurs, ne laisse -t-il pas traîner bon nombre d'objets précieux qu'il sait bien devenir la proie des Chefs avec lesquels il conclut des marchés? Pourquoi ne fait-il pas la même chose pour nous ? ff En effet, lorsque nous avons à acheter des provisions aux indigènes, nous laissons à dessein, à leur portée, quelques menus objets, pour eux inappréciables, tels que miroirs, hameçons, aiguilles, boutons de métal, morceaux de fil de laiton, etc. En Europe, nous disons que ce qui tombe au fossé est au soldat, de même que dans les cercles de jeu, les garçons revendiquent le privilège de recueillir les louis roulés sur le tapis dans le feu des parties. En Afrique, tout ce qui traîne rentre dans le domaine puMîc. Cependant, nos visiteurs pénétrés de la puissance de l'Homme Blanc, ne se croient pas la conscience bien nette au sujet de leurs larcins et, par compensation, se montrent d'autant plus coulants dans leurs transactions ultérieures. Et c'est à quoi nous visons.
Je dois dire, à la louange de nos Askaris, qu'ils se montrent
pénéralcment assez scrupuleux ; s'il en déserte parfois, pas un n'emporte son ballot, déposé, au contraire, au milieu du chemin, bien en vue des hommes de la caravane. Sans doute, la crainte d'un châtiment exemplaire, à Zanzibar ou à Bagamoyo, entre pour quelque chose dans leur probité. Cependant la morale africaine, très élastique pour les méfaits commis en dehoi-s de la tribu, est inflexible pour ceux dont les gens de cette tribu se trouvent victimes. Ce contrat social est d'autant plus observé qu'il a de plus étroites limites. Le code oriental, assimilant les caravanes aux tribus régulières, — ainsi que nous, considérant r('M{uipage d'un navire composé de matelots de différentes nationalités, comme relevant d'un drapeau unique, — les abus de confiance sont fort rares.
— Triste journée que celle du 7 août! Les difficultés et le mauvais vouloir vont augmentant. Plusieurs fardeaux sont ri.»stés en souffrance. Les Askaris qui en étaient chargés sont introuvables et il faut engager, dans le village même, des Gombozis indigènes, quitte à retenir sur le Posho des récalcitrants, — c'est-à-dire sur les étoffes, à eux allouées pour leur nourriture, — ce que nous aurons à payer à leurs remplaçants temporaires. D'après nos guides, les déserteurs reviendront, après un ou deux jours de fugue.
Mais l'esprit de rébellion s'empare de plus en plus de nos hommes et c'est à peine si nous pouvons leur faire dépasser Simbamouéni. Ils s'étaient déjà étabUs dans le camp permanent construit près de ce gros village, oii se célèbre aussi la fête de la moisson. Or, nou^ craignons quelque altercation avec les indigènes. M. Sergère nous vient en aide par un moyen énergique mais sûr. 11 met le feu au Cambi, et les mutins délogés nous suivent, en murmurant, jusqu'à l'Oun-Ghèrenghéré»
Notre campement s'élève dans une grande vallée semée de baobabs de dimensions colossales où babillent des essaims de vertes perruches.
— Un dernier mot au sujet de ces camps, variant suivant les saisons et dont, anticipativement, je consignerai ici les modes divers.
En Afrique, on use de trois modes de campement : la tente proprement dite, la hutte et le bivouac.