CHAPITRE VI
comme mesuro de précaution, d'absorber plein un gobelet de vermouth pris sur la provision de M. Sergère.
— Dès 5 1/2 heures du matin, la caravane se remet en marche. Comme la veille, nos hommes lèvent le camp sans difiSculté. Plusieui's Askaris continuent à se plaindre de coliques et notre laudanum fait son office. Jusqu'au passage de la Makata, nous nous étions portés à merveille et, sauf ma fièvre deBagamoyo et l'indisposition passagère énergiquement enrayée de M. do Leu, aucun membre de l'expédition ne s'était ressenti de rien. Mais la carte tourne. Le capitaine Ramaeckers semble en proie à un certain malaise. MM. de Leu et Robert De Meuse luttent contre une lassitude croissante. Enfin, la plupart de nos hommes sont dérangés. Seuls, M. Sergère et moi avons conservé toute notre ardeur. — « Vous avez le tempérament qu'il faut, me dit ce dernier, mais vos camarades auront de la peine à s'acclimater. »
J'en accepte l'augure... pour ce qui me concerne. Mais décidément la région ne brille pas sous le rapport delà salubi*ité. De la prairie marécageuse, dont le Soleil a déjà séché la croûte, semblent s'élever des vapeui*s lourdes, saturées de putréfaction, et dont nous atténuons les effets en prisant à force comme les gens de l'escorte.
Enfin, au bout de six heures d'une marche des plus pénibles, nous arrivons à Gombêrenga (désir d'eau potable), où nous établissons notre bivouac. C'est à peine si nos comi)agnons touchent au repas qui leur est servi. En ce moment critique, il ne leur manquerait plus que de s'aliter* ! Décidément, l'horizon n'est pas couleur de rose !
— En route! La caravane se reforme à 6 12 heures du matin. Un effort énergique a fait triompher nos camarades de leur inquiétant malaise. Mais les Askaris sont fort démoralisés, 11 s'agit pom* eux, et pom* nous, de nous mettre au régime sanitaire. (Dans les cas assez fréquents de diarrhée, se garder de consonm^ier autre chose que du bouillon ou de Teau do riz. Ni pain, ni viande. Us entretiennent le mal et le font dégénérer en dysenterie.)
Le pays devient boisé à partir des villages de Mkotchoni (au
milieu de l'urine !) et de Mounga, que nous traversons avant d'arriver à Koi-Forhani, situé au pied des montagnes de TOu- Sagara.
Si nous avons trop souvent à réprimer des actes d'insubordination, nous nous heurtons, parfois aussi, à de regrettables excès de zèle. Et malheureusement, ceux de nos boys, déjà habitués de longue date au service européen, ne prêchent point d'exemple sous ce rapport.
Nous venions d'arriver au village de Koi-Forhani, et chacun allait procéder à son installation, lorsque Bamboula, ne retrouvant point les piquets, servant à dresser la tente du capitaine Ramaeckers, voulut s'emparer des nôtres, confiés à la garde de Daïmo. Celui-ci, refusant de s'en dessaisir sans ordre, il en résulta une altercation. Bamboula furieux, saisit son revolver et l'arrêt levé, allait tirer sur notre paisible factotum, lorsque Robert De Meuse arriva assez à temps pour détourner l'arme. Ce fut contre lui, alors, que Bamboula tourna sa colère, s'autorisant bruyamment du nom de M. Ramaeckers, « dont le service devait passer avant tout ».
Cette petite scène, d'un fort mauvais exemple pour l'escorte, passa heureusement presque inaperçue. Notre chef mit à la raison son trop dévoué pourvoyeur, confisqua le revolver et, les piquets s'étant retrouvés. Bamboula alla cuver son ressentiment et sa confusion à l'autre bout du Cambi.
C'est également à Koi-Forhani que nous rencontrons les seize Beloutchis retenus pour servir d'escorte à M. Sergère. Ca sont des hommes magnifiques, à la physionomie distinguée, mais aux traits durs et presque menaçants. Bons soldats, parait-il, du reste, ils portent avec orgueil le costume arabe et sont armés de fusils dont ils se servent avec une adresse remarquable.
Les Askaris, comme reconnaissant en eux une race supérieure, leur témoignent le plus grand respect. Ils leur baisent les mains et gardent en leur présence une attitude presque servile.
— Le lendemain, avant 8 heures, nous atteignons le village de Condoa, habité par le capitaine Bloyet, ami particulier de M. Sergère et délégué par le Comité français de l'Association