‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 57 sur 232 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Internationale Afncaine, pour établir une Station dans ces parages. Agé d'une quaranlainti d'années, il a quille la marine marchande pour se mesurer avec lo Continent mystérieux, laissant à Marseille une jeune femme qui le rejoindra plus tard. . Mais tout ieu tout flamme, en sa qualité de Marseillais, il a eu le grand tort de ne pas s'entrainer graduellement aux fatigues imprévues de sa nouvelle existence, A chaque instant, pendant la route, il lui arrivait de s'écarler de sa caravane pour relever des points gèodésiquûs et pour gravir des hauteurs dont il revenait haletant. De taille moyenne, mais sohd'ment charpenté, M. Bloyet me parait avoir un peu trop compté sur la trempe do son tempérament. Lo monstre africain est soui-nois et s'attaque

ii^f^j.::^

(D'ajirèa une [iliato^ra[ilii«,)

de préférence aux hommes forts, oii il trouve plus à mordre. M. Bloyet l'a trop défié. Aussi, arrivé il y a deux mois, à son poste, s'est-il vu presque inimédiatcment éprouvé par la fièvre qui, deimis plus de quarante jours, ne lui lai.sse pour ainsi dire ni trêve ni ropo.s. Cependant, grâce à sa forte constitution et à une énergie indomptable, il se montre plus fort que le mal. Bien qu'épuisé par des accès quotidiens et affaibli par une diète de plusieurs semaines, il est eu plein dans ses travaux et nous fait les honneurs de sa demeure provisoire, qu'il projette de remplacer par une maison, réunissant le confort indispensable pour

y loger une famille. — < NWez pas peur, nous dit-il, pour nous rassurer, le coffre est bon et je n'ai pas envie de laisser mes os ici. Je sens d'ailleurs que je vais mieux. Mais vos camarades m'inquiètent. »

MM. Ramaeckers et De Meuse sont, en effet, sérieusement atteints et M. de Leu ne vaut guère mieux. J'en avais le pressentiment : la traversée de la Makata et notre campement sur ses bords, leur ont été funestes. Il est plus que temps de procéder à une médicamentation énergique.

A la première atteinte de fièvre, la diète la plus absolue s'impose par l'hygiène. Il n'est pas toujours possible de s'arrêter en route; mais, à l'étape, il faut immédiatement se coucher, dans la tente ou dans la hutte, établie par des hommes envoyés en avant. Le malade, recouvert de plusieurs couvertures, — dont une en caoutchouc, — est obligé d'absorber la plus grande quantité possible de thé presque bouillant. Les Arabes font même rougir au feu de grandes pierres qu'on roule à l'intérieur et qui, aspergées d'eau, remplissent la tonte do vapeur chaude. Ces moyens, promptement mis en usage, réussissent presque toujours à rétablir la transpiration. Dès lors le mal est momentanément vaincu. — Je n'ai jamais fait, pour ma part, dans la suite, grande consommation de quinine qui, prise à faibles doses deux ou trois heures avant le retour présumé des accès intermittents, est d'un eflTet parfois souverain. Il est bon d'en prendre, aussi, immédiatement après l'accès, et dans les proportions réclamées par le tempérament du malade. A tel voyageur européen, 25 centigrammes suffisent. Pour im autre, il en faudra 50. Il en est qui absorbent, sans inconvénient, un gramme entier. C'est à l'expérience à graduer les dosages et à refréner l'abus.

Pendant six jours, du 13 au 18 août, nous sommes obligés d'user de l'hospitalité de M. Bloyet, tant pour soigner nos fiévreux que pour attendre nos porteurs Oua-Nyamouézis dont le retard nous jette dans des inquiétudes mortelles ! Six jours de perdus, alors que nous aurions besoin de tout notre monde et de toutes nos ressources! Nous nous rongeons les poings d'impatience et de douleur! Qui sait si nous arriverons à temps pour secourir nos frères d'Europe, menacés par le terriblo Mirambo ?

Page 1