CHAPITRE VH
Une concetsion de terrain. — Ascension. — Visites aux naturels. — Maladies terribles. — Le Sorcier Blanc. — Haute politique. — L'expédition allemande nous rejoint. — Arrivée des porteurs. — Adieux h. M. Bloyet. — De Meuse malade! — Chaînes et rivières. — Xira$sa. — Le massacre de Mpimboué est oooOrmë. — Le bruit court (^ue le capitaine Camhier est tué et la Station de Karéma pillée! — Marche forcée. — Msagara. — L'ami Do Meuse retourne à la côte. — Le boute-en-train. — Représentations à'Bighiro. — Femme géante, tours de cartes et sonneries. — Le Pon\ — Acacias Mtflants. — Les villes des fourmis. — Une prédiction. —Les Oua-Hés Rongns- Roygas, — Une affreuse ré^rion. — Pas d'eau 1 — Un lac de fango. — Hippopotame offert aux crocodiles. — Le Mareunga-Mkali. — La fertilité reparait! — Pdro^ la limite du désert. — Précautions à prendre. — Des gens suspects. — Tirikt'za. — Nuit superl>e! — La Mission anglaise de Mpouapoua. — Doctor Baxter. — Les révérends Cual et La>t. — AKondance. — La Station Britannique. — Autruches apprivoisées. — Itinéraire. — De pu'ssance à puissance. — Le fusil ou le ballot i — Sol ferrugineux. — Le Pori de Tchonnio, — Les Tcntbés, — Encore la Tirikéza ! — Mourant !
M. Sergère s'est mis gracieusement à la disposition de sou compatriote malade et le supplée avec raclivité que nous lui connaissons. Grâce à sa parfaite entente du Ki-Souahili, il a* pu conclure avec lo chef de la localité un marché avantaj^^uix qui rend M. Bloj'et propriétaire d'une consi(hW*able étun hi<î de terrain. Une montagno de 600 mètres de hauteur s'y trouve comprise et l-j capitaine se propose d'y cHahHr un observatoire. M. Sergère m'a proposé de faire Tascension avec lui et, (juoiqu; ayant le cœur peu disposé à la promenade, je n'ai i»u me dispenser de raccompagner. Nous avons mis plus de trois hennis pour parvenir au sommet d'où l'on domine un superbe panorama sur la vallée de la Makata et sur celle de Condoa que nous suivrons bientôt. Les deux cours serpentent sinueusement entre les hautes herbes et des bouquets d'arbres, aux stipes élancés ou trapus, couronnés d'une verdure aux reflets métalliques. Quelques villages, ressemblant de loin à des ruches d'abvMlles, sont disséminés jusque sur le flanc des montagnes, dont les crêtes capricieuses coupent l'azur étincelant du ciel.
Avant do descendre au camp, nous avons gravé nos initiales
dlO LA VIE EN AFRIQUE
dans rccorce d'un tronc d'arbre... Soin puéril ! Qui peut répondre de l'avenir ? Ce sera peut-être la seule trace que je laisserai sur ce redoutable continent !
— Lorsque nos amis n'ont pas besoin de mes services, — et ils commencent h se rétablir, — M. Sergère, qui est le mouvement incarné, me requiert d'office pour foire aux environs -de la Station dc^ii courses ayant trait aux affaires de son compatriote. « Il ne laut point vous laisser abattre, ne cesse-t-il de me répéter. Puisque vous voilà debout et bien portant, eh bien ! maintenez-vous en activité. C'est le meilleur moyen de prévenir quelque accroc >.
Puis nous visitons les naturels qui, avec une entière confiance, recourent à nous pour la moindre indisposition. Aux yeux du nègre africain, tout homme blanc possède la science infuse. S'il ne guérit pas tous les maux, c'est qu'il ne veut ou ne daigne. Ces braves gens ne se disent pas qu3, si nous étions aussi infaillibles que cela, nous aurions commencé par tirer d'affaire nos comi)ai,^nons de voyage. M. Sergère est prié par deux chefs incUgènes de venir voir leurs femmes, dont les jambes sont couvertes de pustules. Il leur applique des bandages phéniqués •et les laisse parfaitement convaincus de l'efficacité de son traitement. De fait, les pauvres diables ont bon besoin d'un médecin! Les maladies les plus répugnantes abondent ici, entretenues et propagées par une déplorable incurie. Nous avons vu force nègres affligés de plaies hideuses, laissées sans pansement.
Beaucoup sont atteints de syphilis, qui revêt ici un caractère plus bénin qu'en Europe, et dont les nègres se guérissent en buvant du sulfate do cuivre dissous dans l'eau. Ce remède de cheval, employé aussi comme caustique externe, leur est fourni par les Banians de Bagamoyo. Les malheureux, rongés par ces terribles affections, ne sont point des objets de dégoût pour leurs proches et voisins. Pour moi, le cœur m'en lève rien qu'au souvenir !
De toutes parts on s'empresse autour du Sorcier Blanc et de son ami dont on contemple avec une admiration superstitieuse les fioles et les petits pots d'onguents.
C'est à dessein, et dans un but profondément politique, que