CHAPITRE VII
M. Sergère fait ici de la popularité. Au début, uu chef important de la localité, pesant sur les sentiments d'une partie de la population, s'est montré ouvertement hostile au séjour do M. Bloyot. Et cela se comprend. Les incursions d(îs Arabes et leurs procédés conquérants, ont rendu suspect tout étranger, et cette antipathie va si loin que des caravanes de marchands d'ivoire ont été attaquées en manière de représailles. M.Rloyet, qui ne gardera avec lui qu'un nombre fort restreint .rengages, espérant employer les indigènes aux travaux de sa station, risquait donc fort de se heurter à des obstacles ren(his insui'montables par son ignorance présente du Ki-Souahili. Sou ami, comme le Deus ex machina des tragédies antiques, est arrivé à point pour détendre la situation. Une des feminos qu'il a traitées, appartient justement au Chef prévenu contre le capitaine. — « Qu'allons-nous devenir quand vous serez jiarti ? > dit l'époux, fort en peine des recommaiulations hygiéniques <!<»nt nous lui encombrons la mémoire. Et M. Sei»gère, avec un àpropos digne du sage Ulysse. — « N'avez-vous pas mon Frère qui m'a précédé et qui restera ici après moi ? C'est lui qui vous guérira, car je lui laisserai toutes mes instructions et tous mes remèdes. Les Hommes IMancs sont tous également savants et habiles. Allez trouver mon Frère et soyez respect ueux. Il vous aidera, vous secourera et vous protégera contre les Arabes qui, sachant qu'il habite parmi vous, n'oseront plus vous dépouiller, ni ravir vos enfants et vos femmes. » Le Chef s'est humilié et a reconnu son erreur, promettant de se conformer à tout ce que M, Bloyet lui demanderait de possible et d'équitable.
Dès le lendemain, les cliefs, réunis avec M. Sergère, concluaient avec lui, moyennant une certaine quantité d'étoffes, de perles et de poudre à fusil, un contrat délimitant l'étendue de terrain fonnellement concédé à la Station Française. M. Bloyet va se mettre avec ardeur à l'étude du Ki-Souahili, un peu négligé, naturellement, à cause de sa fièvre, et nul doute qu'il ne soit bientôt consulté à la ronde comme un oracle.
— L'expédition allemande, que nous avions laissée à Bagamoyo, nous rejoint ici, le 17, et il est décidé avec M. Ramaeckers, un peu remis, que nous traverserons l'Ou-Gogo, seulement à une journée d'intervalle.
Enfin le 18 août, nos Pagazis entrent àCondoa et nous nous empressons de terminer nos préparatifs.
Comme à Bighiro, les porteurs ont levé le camp avant l'aube, et il n'était pas trois heures du matin que déjà leurs derniers groupes disparaissaient dans les dernières ombres de la nuit.
Nous prenons affectueusement congé de M. Bloyet, en faisant des vœux pour son complet rétablissement. M. Ramaeckers et M. de Leu ont retrouvé toute leur énergie à la pensée des événements de Tabora et de Karéma. Quant à notre camarade De Meuse, il est excessivement abattu et se verra obligé de faire l'étape à dos d'àne.
Les principaux habitants du village, pleins d'admiration pour les connaissances médicales de M. Sergère,non moins que pour les richesses qui nous précèdent, sont venus nous faire escorte un bout de chemin. Ils nous suivent à distance respectueuse.
Nous prenons dans la direction Ouest-Nord-Ouest, en obliquant parfois vers le Nord pour revenir au Nord-Ouest après avoir laissé Mbouni à gauche et, à droite, Niangara et la chaîne de montagnes qui s'étend du Sud-Ouest au Nord-Est. Nous dépassons le village de Mtoupa, habité par des chasseur d'éléphants. .Ces gens se montrent fort intrépides, et il faut l'être, pour se vouer à une poursuite qui, chaque année, coûte la vie à plusieurs d'entre eux.
A 9 heures, nous nous trouvons au pied du Niangara que nous contournons pour incliner davantage vers l'Ouest. Devant nous se déroule une vue magnifique et dont, sans les pensées attristantes qui nous obsèdent, nous aurions ''bien autrement admiré les grandioses beautés. La Mkondokoua, rivière sinueuse qui, en cet endroit de son cours, atteint une largeur do plus de 50 mètres, coule dans une superbe vallée encaissée entre le Niangara et une autre chaîne aux cimes escarpées. Complètement environnés de montagnes, nous longeons la rive gaucho, l'œil attiré vers le bord opposé oii s'élèvent, entre des oasis do verdure, les pittoresques habitations des indigènes.
Gamp3ment à Kirassa, juchée sur une hauteur et nous trouvons encore de l'eau potable.
Le soir pendant que nous nous efforçons de remonter le moral à l'ami De Meuse, dont l'état nous inquiète décidément, lo cour-