‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 61 sur 232 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

nôtres. Et après tout, la lutte ouverte est préférable aux angoisses de cette lancinante expectative!

La montagne, dans ces parages, abonde en mika. Le sol est couvert de paillettes scintillant au Soleil. On se croirait dans quelque Eldorado de féerie.

22 août. — Toujours le chemin enchanteur de la vallée d^ Condoa. Il nous conduit à un village fortifié, où nous campons sur un tertre, en dehors du Boma indigène.

On trouve ici force miel, excellent pour sucrer le thé et fort au goût de notre escorte. Demain nous entrerons dans le Pori, dont la réputation laisse à désirer sous le rapport de la sécurité. Aussi nos hommes, qui malgré leurs fanfaronnades ne sont pas plus intrépides qu'il ne faut, consacrent-ils la veillée à se conter d'épouvantables aventures de caravanes pillées et détruites par les Oua-Hés, brigands organisés en bandes jalouses de participer, d'une façon dénuée d'hypocrisie, au tribut vexatoire extorqué aux malheureux voyageui's. Ces hardis pillards cumulent le vol à main armée avec les innocents plaisirs de la vie pastorale. Après avoir fait la récolte dans leurs villages, disséminés au nord du Pori, ils passent sans transition à d'autres exercices. Il n'est bruit que de leurs cruautés et de leur habileté profonde à combiner un guet-apens.

— L'expédition allemande nous a rejoint. Le 23 août, nous levons le camp, vers 6 heures du matin, et suivons encore pendant quelque temps la rive gauche de la Condoa. Insensiblement la contrée prend un aspect plus sauvage. Les broussailles, farouchement enchevêtrées, remplacent les bouquets de verdure ; le terrain s'élève pour redescendre, une dernière fois, vers la rivière très jonchue et vaseuse, dont la traversée nous fisiit perdre plus d'une heure. En cette saison, nous n'avons guère de l'eau que jusqu'au ventre et la chaleur du jour nous rend fort agréable ce bain inattendu. Sur l'autre rive, la nature aride et désolée, revêt un caractère encore plus hostile, dont l'effet se communique à nous, le cœur serré au miheu de ce sinistre paysage. Sous les ardeurs d'un Soleil implacable, les jambes chancelantes, la tête en feu, les lèvres desséchées, nous nous traînons péniblement, en proie aux tourments de la soif. Pas

d'eau : depuis longtemps nous avons vidé notre gourde. Les outres de cuir, ou Ghirhash, destinées au transport de Teau potable, ne nous ont pas rendu de longs services. Dès le début du voyage, les fourmis blanches s'en sont régalées. Quelquesunes, exposées par la négligence dos porteurs aux raj'ons torréfiants du Soleil, ont éclaté comme des grenades mûres. Nos gourdes, également en cuir, sont de meilleure qualité, mais se pourrissent très promptement à l'intérieur. Des burettes do fer-blanc conviendi^aient davantage.

A partir d'aujourd'hui, nous modifierons notre ordre de marche. MM. Ramaeckers, de Leu, Sergère et moi, nous nous tiendrons à l'arrièro-garde, pour cheminer de compagnie. Et vraiment, nous avons bon besoin de nous serrer pour ne pas nous laisser gagner par la tristesse, car le pays est affreux. Nous foulons un sol sablonneux qui nous grille les pied-i; à travers le cuir surchauffe des chaussures. Le terrain s'élève sensiblement et bientôt nous sommes à plus de 700 mètres au-dessus du niveau de la mer. Des chemins ardus, vrais sentiers de chèvres, obstrués d'énormes blocs de granit, montent et s'abaissent k chaque instant. Aussi loin que le regard peut s'étendre, l'inhospitalière contrée offre le même aspect désert et desséché.

Vers 3 heures, enfin, nous arrivons près du pet t lac de Matamombo au bord duquel s'élèvent bientôt nos tentes. Mais l'eau en est saumâtre et, loin de désaltérer, elle indispose ceux qui s'y abreuvent à longs traits.

Beaucoup de nos hommes se rendent malades et le docteur Kaizer, pour en avoir abusé, est bientôt en proie aux cuisantes douleurs de la dysenteria.

(Le meilleur préservatif contre les maux de ventre, c'est encore la ceinture de laine faisant trois fois le tour du corps. Déjà le capitaine Ramaeckers, qui avait cru pouvoir la négliger, un jour de forte chaleur, avait ressenti immédiatement un fort commencement de colique. Pour moi, je ne m'en dessaisis ni de jour ni de nuit et, en dépit des eaux croupies que le besoin m'a forcé de boire, alors et plus tard, jamais la dysenterie n'a eu de prise sur mon humble individu.)

Notre lac donne asile à des troupeaux de crocodiles et

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