‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 62 sur 232 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

d'hippopotames. Un Beloutchi de M. Sergère a abattu fort adroitement, à coups de fusil, un cheval (le rivière, immédiatement dévoré par les formidables sauriens.

— Départ à 6 heures du malin. Nos hommes geignent et traînent la jambe. Mais, au fond, ils sont aussi pressés que nous de sortir du Porî.

Nous poursuivons notre marche à travers le Marennga Mkali (littéralement eau amère), et cert<\s, cette partie du désert n'a pas volé son nom. Le terrain est moins accidenté, depuis que la caravane a dépassé les dernières montagnes de TOu-Sagara. Bien que le sentier se présente plus facile et plus uni, le pays conserve cependant son caractère farouche.

Les hauteui's que nous longeons au Sud sont boisées, il est vrai, mais on en croirait les arbres calcinés par le Soleil.

Toutefois, aux ondulations succède, enfin, la plaine, et la végétation reparaît.

Des groupes d'ombollifères impriment une certaine gaité au paysage en y introduisant un élément nouveau. Le sol conserve toujours des cristaux do sel, mais déjà des troupeaux de zèbres et d'antilopes annoncent que nous sommes entrés dans une zone fertile. Nulle trace de village encore, ni d'habitations isolées. Ils seraient trop exposés aux dangereuses visites des écumeurs do grands chemins.

Ce n'est que vers 2 heui*es de l'après-midi que nous traversons une petite rivière, si chichement pourvue d'eau qu'à peine nous en avons jusqu'aux chevilles.

Le bivouac est installé sur l'autre rive, à l'endroit appelé Pero, ou limite, dans la langue du pays.

Un camp, en Afrique, surtout, doit toujours être établi à proximité d'une rivière, d'un ruisseau, d'un étang ou d'une mare. La question de l'eau prime ici toutes les autres, et l'on y sacrifie parfois les positions stratégiques les plus avantageuses. En effet, même à défaut d'eau potable, les ablutions sont d'un grand soulagement.

Lorsque l'on a été privé de boire pendant trop longtemps, plus la soif est ardente, plus il faut prendre de ménagements pour faire rentrer l'estomac dans son état normal. A cet effet, il est bon de commencer par asperger d'eau les vêtements de

l'Européen ou de l'indigène. La peau raffraîchie et humectée, on permet au patient de boire, mais à petites gorgées, et s'il se peut en aspirant l'eau par un chalumeau de paille. Même précaution, bien connue, celle-là, à l'égard de l'affamé. Une bouchée tous les quarts d'heure, jusqu'à ce que l'estomac soit en état de supporter un repas complet.

Un groupe de gens do mauvaise mine, se disant chasseurs d'éléphants, ont établi leurs huttes dans le voisinage. Les Beloutchis qui sont allés faire une petite reconnaissance dans leur camp, en sont revenus avec la conviction que Tunique chasse de ces messieurs consiste à débarrasser de quelques ballots d'étoffes, d'armes ou de provisions, les caravanes trop confiantes. Avis aux traînards. Mais nous sommes en nombre et ferons bonne garde.

— Nous partons, vers une heure du matin, pour notre première étape de nuit, dont nous nous promettons, ajuste titre, des émotions nouvelles. Jamais je n'ai été sensible aux splendeurs de la Création que par cette marche nocturne en pays africain, et mas compagnons avouent avoir éprouvé les mêmes délices.

Le silenco majestueux de la nature au repos, silence interrompu, de temps à autre, par un cri plaintif ou un rugissement de fauve en quête de sa proie — quœrens quem devoret, — la pâle clarté de la Lune, dont le croissant aigu semble distiller une rosée d'argent sur la végétation d'un vert sombre, ce long cortège, défilant dans le sentier comme une procession de noirs fantômes, tout cela restera fixé dans ma mémoire comme le spectacle le plus imposant, le plus fantastique, le plus grandiose et le plus original qu'il m'ait été donné de voir.

Ce n'est que dans le désert qu'on ressent des impressions aussi saisissantes. Les plus pompeuses descriptions n'en pourraient donner qu'une faible idée aux habitants de nos villes étriquées. Aussi n'essayé-je même pas d'en aborder l'intraduisible tableau.

Cependant l'aube s'annonce, derrière nous, par des clartés rougeâtres, dorant faiblement au lointain les cimes des hautes montagnes, sur les flancs sombres desquels se découpent les blanches murailles de la Station Anglaise de la Church Missionary Society de Mpouapoua. L'herbe, emperlée de i*osée, se dessèche rapidement aux ardentes caresses du SoleiL Le

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