‹ La vie en Afrique, ou, Trois ans dans l'Afrique centraleChapitre 63 sur 232 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

torrent de lumière gagne rapidement du terrain et bientôt inonde toute Té tondue.

La caravane s'arrête sous un grand figuier-sycomore étendant son ombre protectrice au pied de la rampe par laquelle on parvient à la station do Mpouapoua.

Le Docteur Baxter, qui est venu à notre rencontre, nous présente aux Révérends Goal et Last. Nous déjeunons à la Mission oii ces Messieurs nous traitent de leur mieux.

Ils ont déjà appris la triste fin de Carter et de Gadenhead, mais se trouvent sans renseignements aucuns sur la situation de leura compatriotes. En ce moment, la contrée n'est rien moins que sûre. Les Rougas-Rougas attaquent, parait-il, toutes les caravanes en destination de Tabura.

La Station de Mpouapoua, établie depuis plusieurs années, est entourée de quelques 4)lantat ions cultivées par les indigènes demandant au drapeau britannique une protectitn ettîcace contre les déprédations des Oua-Hés et des Oua-Houmbas, maraudeurs. Les courges et autres cucurbitacés, les melons, pastèques, citrouilles, qui abondent dans FOu-Gogo, commencent à faire leur apparition. Etablie à grands frais, — il a fallu faire venir à dos d'hommes la chaux de Zanzibar, — la construction unit le confort à l'élégance. On dirait le cottage de quelque riche farmer anglais. Des bâtiments auxiliaires sont, en ce moment même, en voie d'exécution.

Nous passons toute la journée à la Missicn, dont nous visitons en détail les dépendances. Dans un parc, clos de palissades, courent une demi-douzaine d'autruches apprivoisées qui viennent familièrement manger dans notre main les morceaux de courge que nous leur présentons et dont elles sont friandes.

Un certain nombre de négrillons suivent les cours de l'école évangélique annexée au bâtiment principal. Mais le résultat est loin d'être à la hauteur de ceux obtenus par les Pères de Bagamoyo.

— Le docteur Baxter nous a fortement recommandé la route condamnée par M. Burdo dans une note adressée au Secrétariat de Bruxelles. D'après lui, les Hongos, ou tributs aux Sultans africains, y sont moins élevés et moins nombreux. Notre Nyampara et notre Kirongozi ne sont pas de cet avis. D'ailleurs, nous avons traité à forfait pour le Hongo avec Sewa et dès lors

il importe peu au capitaine Ramaeckeps de faire des économies pour le compte d'autrui. En conséquence, il a laissé nos guides complètement libres de choisir la route qu'ils croyaient la plus courte et la meilleure. Des trois indiquées sur la carte de Stanley, nous i)rendrons celle du Sud, ou à peu près, car notre itinéraire, non encore renseigné, constitue un moyen terme entre le tracé du Midi et celui du Milieu.

Pour ces itinéraires, qui se modifient d'ailleurs, suivant les circonstances, bonnes ou mauvaises, on a utilement recours à Texpérience des Akidas et du chef des porteurs, à moins de motifs impérieux ou urgents. Comme nous l'avons vu précédemment, le Kirongozi est toujours l'homme le plus fort et connaissant le mieux les chemins. Chargé du plus lourd fardeau, qu'il no céderait à personne, il règle naturellement la marche et, s'il a le sentiment de ses attributions, ne permet à personne de le dépasser. S'agit-il d'une étape supplémentaire, il faut s'adresser à lui, et par quelque petit présent, l'engager à entraîner ses hommes, qui le suivent moutonnièrement. Seulement cette connivence doit rester secrète. Si le Kirongozi, gagné par vous, pi'olonge anormalement Tétape, les Pagazis se permettront bien de murmurer, voire de l'accabler d'injures, mais ils continueront à emboîter le pas. Ne porte-il pas la plus forte charge? S'il n'est pas fatigué, personne ne i)eut l'être. On voit que l'engagement d'un Kirongozi est chose fort délicate.

En règle générale, le Pagazi a besoin d'un jour de l'epos sur cinq. Imitant l'exemple de Stanley, nous avons donné demicharge à nos soldats, système, selon moi, offrant plus d'inconvénients que d'avantages. En effet, quelle est la mission des Akaris? Eclairer la route, la frayer dans les endroits épineux, se porter sur les flancs de la colonne lorsqu'on traverse une région hostile, former Tarrière-garde, sur laquelle se portent de préférence les Rougas-Rougas, à l'affiit des traînards, enfin se tenir prêts à toutes les corvées, à tous les périls. Or, c'est ce qu'on ne peut raisonnablement exiger d'hommes empêtrés de bagages. Le fusil ou le ballot, il ne devrait pas y avoir de milieu.

C'est aussi une erreur de croire qu'on va plus vite par petits groupes. Dès l'instant qu'il faut se faire suivre par les Pagazis indispensables, on n'en est pas moins embarrassé que de 150, et plus. (Nous en avons au delà de 200.) En partant avec tout son personnel, le chef d'expédition jouit de l'avantage immense

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